Valeurs Actuelles: « Compte à rebours pour l’Europe spatiale »

Sommet. L’avenir d’Ariane et des vols habités se joue les 20 et 21 novembre à Naples, au conseil ministériel de l’Agence spatiale européenne (Esa). Les conceptions française et allemande s’ affrontent. Et le temps presse.

 Entre habitués des réunions de l’Agence spatiale européenne, on appelle cela une “ministérielle”. C’est l’instance qui prend toutes les grandes décisions stratégiques pour l’espace en Europe, et qui se réunit en général tous les trois ou quatre ans (la précédente a eu lieu à La Haye, fin 2008). Au menu de ce conseil des ministres de l’Esa, la semaine prochaine à Naples : le débat sur la nature du lanceur qui doit succéder à l’actuelle Ariane 5, et la participation des Européens au grand programme de coopération que constitue la Station spatiale internationale (ISS). La ministre de la Recherche, Geneviève Fioraso, qui représentera la France, a mis la barre très haut : « Nous sommes à un tournant, dit-elle. [Cette ministérielle] est aussi importante que celle où nous avons décidé Ariane 5 », en 1987. Du côté des Allemands, on ne dit pas autre chose. Mais les solutions que Johann-Dietrich Wörner, le patron de la DLR (l’agence aérospatiale allemande), amène dans ses cartons sont, pour l’instant, radicalement différentes de celles de son homologue français du Cnes, Yannick d’Escatha. Or Berlin et Paris contribuent pour environ 25 % chacun au budget de l’Esa (2,9 milliards d’euros en 2012, hors UE). Un accord entre ces “deux grands” de l’espace européen est indispensable si l’on veut éviter un blocage.

Jusqu’ici, les Européens ont su jouer l’intérêt commun

L’enjeu est considérable : rien de moins que les plans de charge des usines, des bureaux d’études et des laboratoires spatiaux européens. Vont-ils conserver le rang enviable – numéro deux – qui est le leur dans le monde ? En dépit de budgets publics environ cinq fois plus faibles qu’aux États-Unis, les Européens ont en effet accumulé des succès remarquables. La société Arianespace a fait de la grosse fusée Ariane 5 le leader mondial du lancement spatial commercial (50 % du marché ! et 52 succès d’affilée avec celui du vol VA210 samedi dernier…), tout en élargissant sa gamme de lanceurs, avec la petite Vega (largement italienne) et la moyenne Soyouz (russe, partant désormais de Kourou aussi bien que de Baïkonour).

Les deux principaux fabricants de satellites européens, EADS Astrium et Thales Alenia Space, vendent à eux deux près de la moitié des satellites d’application commerciaux dans le monde. Le système de navigation par satellite Galileo, concurrent européen du GPS américain et supérieur à celui-ci à bien des égards, est en cours de déploiement.

Dans le domaine des vols habités, l’Europe est l’un des cinq partenaires de la station ISS, avec les États-Unis (leader), le Canada, le Japon et la Russie. Le module Columbus, lancé en 2008, est l’un des principaux laboratoires de la station, et les vaisseaux ATV (Automated Transfer Vehicle) de l’Esa la ravitaillent régulièrement. Quant au programme scientifique (astrophysique, exploration des planètes, etc.), il rivalise avec celui de la Nasa.

Ces succès ne sont pas dus au hasard : les pays européens ont su mettre en commun leurs ressources pour le développement de lanceurs, de satellites et de sondes, ainsi que pour les applications pratiques des techniques spatiales. L’ampleur du phénomène est unique dans l’histoire de la construction européenne : même si des programmes nationaux existent (en particulier en France avec le Cnes), environ 70 % des projets spatiaux publics civils sont conduits dans le cadre de l’Esa, créée formellement en 1975.

La réussite présente garantit-elle les succès futurs ? Les progrès dont on se félicite aujourd’hui sont le résultat de décisions prises par des conseils ministériels de l’Esa il y a plus de dix ans : en 1987, on l’a vu, pour Ariane 5 etColumbus, en 1995 pour l’ATV, au début des années 2000 pour Galileo. Mais où sont les nouveaux programmes qui prendront la relève ?

Dans le domaine des lanceurs, la situation est loin d’être claire. Faut-il améliorer l’Ariane 5 actuelle, en augmentant ses performances avec une nouvelle version baptisée Ariane 5 ME (Midlife Evolution : évolution à mi-vie), disposant d’un étage supérieur moderne équipé du nouveau moteur Vinci ? Ou bien au contraire doit-on démarrer tout de suite le développement d’une fusée de nouvelle génération, Ariane 6, qui serait d’emblée plus compétitive qu’Ariane 5 sur le marché des lancements de satellites commerciaux, et ainsi éviter que l’Esa ne doive subventionner ad vitam aeternam Arianespace à raison d’environ 120 millions d’euros par an ? Mais à quoi devrait ressembler cette Ariane 6, alors, dans un monde spatial concurrentiel qui change rapidement ?

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