Université de Poitiers: « Le Franc à l’épreuve de la Première Guerre mondiale »

La déclaration de la guerre, en août 1914, ne prend pas totalement au dépourvu les autorités monétaires françaises. Dès le début des années 1910, la Banque de France s’est préparée à l’éventualité d’un conflit. Dans un contexte international où l’or occupe une place dominante, elle s’est efforcée d’accroître le montant de son encaisse or qui atteint 4,1 milliards de francs à la veille de la guerre.

Des conventions ont en outre été passées avec le gouvernement, qui prévoient la suspension de la convertibilité des billets et un relèvement du plafond d’émission en relation avec un relèvement des avances au gouvernement. Mais on n’avait pas prévu que la guerre durerait quatre ans. La facture extérieure s’envole. On fait largement appel à l’emprunt pour financer les dépenses de guerre. Pour enrayer l’érosion des réserves en or qui menace d’atteindre la crédibilité du franc, une “campagne de l’or ” est lancée. Elle permettra de compenser les ventes de métal précieux.

Ces actions permettent d’éviter une érosion des réserves d’or de la France et un effondrement de la valeur extérieure du franc. Mais le prix à payer pour un endettement particulièrement élevé sera lourd après la guerre. Si la guerre affecte lourdement les finances du pays, elle se traduit aussi dans l’usage quotidien des monnaies. Une nouvelle gamme de billets est mise en circulation qui exalte les thèmes patriotiques. Par ailleurs, la raréfaction des espèces métalliques pour les paiements de faible montant provoque l’apparition de monnaies de nécessité aux formes les plus diverses.

Signe de la relative autonomie de la Banque de France par rapport au pouvoir politique, les billets qu’elle émet, à la différence des monnaies métalliques, ne portent pas la marque des changements politiques qui affectent le pays. La première guerre mondiale va cependant donner lieu à l’émission d’un nouvelle gamme de billets dont les thèmes patriotiques traduisent bien les préoccupations du moment.

Cette émission avait été précédée par celle d’une coupure de 10 francs à l’effigie de Minerve, déesse de la Sagesse mais aussi déesse guerrière qui apparaît casquée sur ce billet, et par celle d’une coupure de 20 francs illustrée du portrait de Bayard, le chevalier “sans peur et sans reproche” comme le rappelle la légende du billet.

Hautement symbolique dans ce contexte, la figure d’une femme casquée illustre le billet de 5 francs créé en 1917. Le filigrane renforce ce caractère symbolique avec une figure de jeune guerrier inspirée de la composition de François Rude, la Marseillaise, qui orne l’arc de triomphe de l’Étoile.

Monnaies de nécessité de la première guerre mondiale

Conservées par les particuliers ou réquisitionnées par l’État, les monnaies métalliques ne tardèrent pas à manquer durant la première guerre mondiale. Pour faire face à cette disparition qui menaçait de paralyser les échanges quotidiens, des monnaies, dites de nécessité, furent mises en circulation par des commerçants, des municipalités ou des chambres de commerce. De faibles valeurs faciales, ces pièces présentent une grande diversité de types et sont fabriquées dans des matériaux variés : aluminium, laiton, fer ou même carton.

Parmi les expériences originales nées de la première guerre mondiale, des monnaies-timbres furent réalisées en insérant un timbre-poste neuf entre une plaque d’aluminium et une plaque de mica transparent. La face d’aluminium de ces monnaies porte une inscription à caractère publicitaire.

Le brevet de fabrication (FYP pour “Fallait Y Penser”) est daté du 19 mars 1920. La fabrication semble avoir duré trois années environ. Jamais reconnues par l’administration et mises en circulation à l’instigation de firmes privées, les monnaies-timbres constituaient un moyen publicitaire en même temps qu’une monnaie de substitution.

Cette idée d’utiliser la monnaie comme support publicitaire a resurgi dans les années 1960 lorsqu’une agence de publicité du sud-ouest de la France créa des autocollants publicitaires destinés à être apposés sur la face des pièces. Cette pratique fut rapidement interdite.

L’utilisation de ces monnaies de substitution se poursuivit après la guerre. Une mention particulière peut-être faite à cet endroit des pièces des Chambres de Commerce et d’Industrie, marquées “bon pour 1 franc” et “bon pour 2 francs” créées en 1921 qui ne furent démonétisées qu’en 1949.

Sous certains aspects, la monnaie française semble avoir relativement bien traversé la Grande Guerre. Entre 1914 et la fin 1918, le franc a perdu moins de 5% de sa valeur vis-à-vis du dollar et de la livre et les réserves or de la Banque de France se sont accrues d’un milliard de francs. Mais les apparences sont trompeuses. Une forte hausse de prix a érodé le pouvoir d’achat de la monnaie et le pays n’a jamais été aussi lourdement endetté.

Dès 1919, la solidarité financière qui s’était établie entre les alliés cesse et il devient clair que la France ne bénéficiera d’aucune remise sur ses dettes de guerre. L’illusion que “l’Allemagne paiera”dispense des sacrifices nécessaires à un assainissement des finances publiques. Mais la mauvaise volonté allemande à payer puis l’effondrement du mark montrent vite la vanité d’un tel espoir.

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