Bernard, philosophe, géopoliticien, politologue, héraut de la vérité, héro sous amphet

Photo d'un char de la haine que BHL vient de détruire à coup de poings

En ce 3 juillet 2014, le grand philosophe Bernard-Henri Lévy a, une nouvelle fois, daigné s’adresser à la foule, se risquant à nous transmettre un peu de son savoir, au cours d’un bel et émouvant entretien. Avant de commencer ce petit tour d’horizon du chef de file de la philosophie et géopolitique à la française, il convient de préciser que son épouse révèle, dans un documentaire qui lui est si gentiment consacré, qu’il lui arrive de prendre des psychotropes. Pas déstabilisé pour un kopeck, le sage aux chemises aérées, subversif comme à l’accoutumé, prend courageusement la décision d’outrepasser la loi en proclamant solennellement : « À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. » L’histoire ne nous dit, hélas pas, s’il avait également consommé des substances illicites avant d’honorer le journaliste de ses réponses avisées.

Ces réponses justement, les voici. Bernard-Henri Lévy frappe fort. « Nous avons un bon ministre des Affaires étrangères qui s’appelle Laurent Fabius. » Il décide d’emblée de se situer dans la droite ligne des positions qataries et saoudiennes. Rappelons que les saoudiens ont notamment exigé que ce soit Laurent Fabius qui s’occupe de la gestion du « don » de 20 milliards d’euros à l’économie française, en lieu et place du ministre de l’économie, afin de le remercier de ses prises de positions dans le cadre du dossier iranien. Nous nous joignons aux remerciements des autorités saoudiennes monsieur Fabius.

S’en suivent alors toute une série d’analyses, toutes plus pertinentes les unes que les autres. Aucun aspect de la politique étrangère de notre pays et des atrocités qui touchent le monde n’échappe à l’oeil averti de ce sympathique humaniste : Syrie, Libye, Israël, Mali, Centrafrique, Russie, Irak, Tibet, Timor Oriental, Kurdistan, Palestine, Ukraine de l’Est… Enfin presque…

  • La Syrie : « Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, par exemple, m’est littéralement insupportable. Être le contemporain de ça, de ce massacre, être complice, que je le veuille ou non, de ces 160 ou 170.000 morts me fait honte. » Triomphalement, BHL (chouette, trois lettres, comme JFK, BHO, NKM, DSK, comme tous les gens « in » en fait), décide d’ignorer le fait que les morts proviennent des deux camps et qu’en prenant parti pour l’un des deux il doit nécessairement assumer les morts qui s’amoncellent inévitablement dans toutes guerres. Si c’est pour la bonne cause, pour le camp du bien, cet oubli s’avère nécessaire. Quand même !
  • La Libye: lorsqu’on lui demande s’il pense que la France peut retrouver sa splendeur d’antan, il répond : « Elle l’a eue quand elle a, sous Sarkozy, fait la guerre en Libye et arrêté le massacre à Benghazi. » Encore une fois, le chaos qui a suivi, les morts par milliers, BHL préfere ne pas l’évoquer. C’est sans doute l’émotion des vacances qu’il a passées la bas, avec ses frères d’armes puis la rupture sentimentale (ses amis ne veulent plus de lui en Libye) qui ont provoqués cette faille temporelle dans son esprit. L’important, n’est ce pas, c’est que le drapeau de la démocratie flotte désormais dans une Libye pacifiée et unifiée.
  • Les relations Est Ouest : « Je pense qu’on sous-estime le danger Poutine et son vrai projet politique et idéologique qui est de déstabiliser, voire de démanteler, l’Union européenne. Vladimir Poutine est, d’ailleurs, l’allié de toutes les extrêmes droites. Il y a là une sorte d’arc de la haine de l’Europe qui part de Moscou et qui coupe à travers tous les partis extrémistes anti-européens en Europe. » Ces amis américains, eux, ne cherchent pas à empêcher toute véritable union politique européenne, non, bien entendu… Les Etats-Unis d’Amérique veulent que nous soyons une puissance unie rivale de leur bel empire (Cf. Zbigniew Brzeziński pour les plus naïfs). Vladimir Poutine n’a jamais non plus eu de déclaration en faveur d’une Europe qui doit « se mettre à parler de sa propre voix« . Lui même, est d’ailleurs à l’origine d’une pétition en faveur de l’entrée dans l’Union européenne de la Bosnie-Herzégovine afin de renforcer l’Europe, se posant en héraut du concept novateur de puissance dans la dilution.
  • Israël : Le sage reprend la parole. Touché, ému, il se livre, nous ouvre son cœur, laisse parler ses tripes : « Depuis trois jours, je vous avoue que je suis obsédé par les visages des trois jeunes israéliens assassinés. Gilad, Naftali et Eyal faisaient de l’auto-stop pour rejoindre leur école. Ils ont été kidnappés et tués d’une balle dans la nuque. L’image de cette innocence assassinée m’obsède. Et je suis triste quand je vois cette Europe, ivre de football, ne pas donner à l’événement l’importance et l’écho qu’il mérite. » En entendant ces mots, nous sommes déçus. Bernard ne nous en dit pas assez, il ne précise pas suffisamment ce qu’il attend de nous. Mais qu’attendez vous donc de nous Bernard ! Doit on observer une minute de silence et annuler le match France-Allemagne ? Face à des profanes comme nous, ni pro israéliens, ni pro palestiniens, seulement des français sensibilisés aux seuls intérêts de la France, quelle position devons nous adopter Bernard, face à ces odieux massacres barbares (pas d’ironie dans ces trois derniers mots) ? Devrons nous également nous recueillir face aux morts en Ukraine de l’Est, en Syrie, au Timor oriental, aux Philippines, en Afrique, en Palestine, en Inde  etc., ou devons nous enfin prendre conscience que les morts israéliens devraient davantage marquer l’opinion publique européenne que ceux de ces pays ?

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Sans trop s’attarder sur ces questions dont l’évidence des réponses devrait nous sauter aux yeux, Bernard aborde la politique française. Face à la honte de vivre dans un pays de fascistes (il avait d’ailleurs indiqué qu’ils étaient plus nombreux dans notre petits pays renfermé qu’en Ukraine), notre guide de la pensée prend ses responsabilités et, courageusement, attaque. Marine Le Pen « n’aime pas la France » nous affirme t-il. Puis il reprend: « Elle prend toujours et systématiquement le parti de ses ennemis. C’est le cas en Syrie où elle prend le parti de Vladimir Poutine et de Bachar al-Assad. C’était le cas en Libye où elle défendait Kadhafi. Il y a, chez elle, une étrange propension à la trahison. Mais est-ce si étrange que cela, après tout? » Ce sera donc un retour au source. Un retour à la géopolitique qu’il affectionne tant.  L’occasion pour nous de nous demander si les adversaires de Bachar al-Assad (et de Kadhafi), les islamistes d’Al Nostra et de l’EIIL que nous avons armés, sont des amis de la France. Respectueux de son interlocuteur, le journaliste ne posera heureusement pas la question. L’impertinence et le courage sont un luxe que les journalistes ne peuvent plus se payer de nos jours. Nous n’en saurons pas davantage à propos de la menace que Vladimir Poutine fait peser sur notre pays. Mais gageons que notre bon Ministre des affaires étrangères, un ami de notre Bernard national (s’il m’autorise l’usage de ce mot), lui aura certainement partagé des copies de déclarations de guerre émises par la Russie à l’encontre de la France.

Quant au « [la trahison], n‘est-ce pas dans la manière et dans la culture de l’extrême droite traditionnelle?« , ce sera l’occasion pour nous de dénoncer, sans aucun manichéisme, le rôle nauséabond, le mot ne nous semble pas trop fort, de l’extrême droite française (dont l’auteur de ces lignes ne se réclame évidemment pas, aucune ironie ici non plus) pendant la guerre. Que penser du rôle abominable des maurrassiens dont faisaient partie, d’une certaine manière, le Général de Gaulle par exemple, ou encore l’assassin de Darlan. L’extrême droite n’était d’ailleurs nullement représentée parmi les premiers résistants. A l’inverse, les socialistes eurent seuls le douloureux fardeau de devoir combattre les allemands. Laval, Déat, Doriot et tant d’autres représentants de la gauche furent admirables pendant la guerre et combattirent l’ennemi avec archarnement (comme Maurice Thorez de sa banlieue de Moscou d’ailleurs). Avant, nous pensions que la répartition entre collabo et résistant transcendait les partis politiques. Mais ça, c’était avant que le génie de l’écrivain aventurier ne s’abatte sur nous et n’imprègne nos vies pécheresses.

Pour terminer, le philosophe juriste, Bernard-Henri Lévy, s’indignera du sors réservé en France à la fonction présidentielle, totalement dénaturée selon lui « par l’odieux spectacle monté autour de la garde à vue de Nicolas Sarkozy. Quoi qu’on pense de l’ancien président de la République, cette mise en scène donnait la nausée. » Puis, sa veste froissée par tant de manipulations, il partit, tandis que nous aurions souhaité qu’il restât.

Ne nous restait plus qu’à vous remercier, Monsieur Henri Lévy, pour ces riches enseignements. Je ne vous reprocherai qu’une chose : alors que notre Président est au plus bas dans les sondages, que Nicolas Sarkozy est fragilisé par des affaires présumées, que la haine frappe à nos portes et que les chars russes progressent jours après jours suivant la course du soleil, nous aurions souhaité un engagement plus important de votre part. 2017 approche, pensez-y, sauvez nous.

#bernardhenrilevy2017

 

Alexandre Mandil

Pour lire, rire puis pleurer devant l’interview complète : http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/television/82534/bernard-henri-levy-les-amphetamines-parfois-m-ont-aide-.html

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