Réussites et insuffisances de la gouvernance russe

Depuis plusieurs semaines, de sombres discours peuvent être entendus au sujet de santé économique russe. Le chômage serait important, la croissance nulle, et la gestion économique de Vladimir Poutine, archaïque. Il existe, a contrario, un discours vantant les mérites d’un V. Poutine tenant d’une main de fer le pays et ayant su, par sa seule volonté, redonner à la Russie sa grandeur.

Il est indéniable que le modèle « d’Etat développeur » comme il a existé en France ou en Italie dans les années 60 à 80, mais également au Japon ou en Corée du Sud des années 50 à 70, a permis la renaissance russe. Toutefois, la situation économique fait face à de nombreuses difficultés et n’est pas le fruit d’un miracle, mais bien d’une gestion pour l’instant plutôt sérieuse des ressources du pays.

Depuis janvier 2000, date d’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine après une décennie d’anarchisme et de démantèlement de l’Etat sous l’ère Boris Eltsine, elle-même précédée par 70 ans de gestion communiste, la situation russe (économique, mais pas seulement), s’est grandement améliorée[1] :

  • La dette est passée de presque 99% en 1999 à 13.4% en 2014[2] ;
  • Le PIB a connu une croissance gigantesque (multiplié par 12) et presque continue ;
  • Le budget de l’Etat a été multiplié par 22 et les dépenses militaires par 30 ;
  • Les réserves d’or (multipliées par 48) et de devises sont désormais considérables ;
  • Le taux d’inflation est passé de 100% à presque rien ;
  • Le chômage a baissé de manière très importante [3];
  • Le pouvoir d’achat a doublé et la pauvreté a été divisée par 2 ;
  • Le revenu moyen a été augmenté par 18.5 et la retraite moyenne par 14 ;
  • Les investissements directs étrangers ont considérablement augmenté (+83% en 2013), la Russie devenant la 3ème destination mondiale des flux d’IDE derrière les USA et la Chine[4], ce qui démontre l’attractivité économique du pays[5] ;
  • L’Etat a également remis la main sur bien des ressources naturelles abusivement privatisées dans les années 90 (65% de la production pétrolière et 95% de la production gazière ont depuis été nationalisé),
  • Une vraie politique de natalité a été menée permettant un timide solde démographique positif depuis 2013[6] alors que la population chutait de 1.5 millions d’habitant par an autour de 1999 ;
.

Par ailleurs, l’environnement est également devenu plus favorable pour les affaires. En 2012 par exemple, la Russie a gagné 8 places dans le classement Doing Business de la Banque Mondiale, du fait de la simplification des procédures d’enregistrement des sociétés, facilité d’obtention des permis de construire, informatisation du mode de paiement de l’impôt[7].

Un gros travail a également été mené afin de relever l’agriculture détruite. Désormais, et ceci depuis 5 ans,  la Russie se situe à la deuxième ou troisième place dans le monde en ce qui concerne l’exportation de céréales. Devant les USA désormais quatrièmes.

Enfin, le gouvernement actuel a décidé de s’attaquer de front au développement de la production industrielle et à la réduction de la corruption.

Ainsi, les données économiques recueillies indiquent que contrairement à d’autres pays disposant également d’une importante rente pétrolière ou gazière (Angola, Nigéria, Golfe de Guinée, Algérie, Asie centrale, Venezuela), les dirigeants russes ont plutôt bien géré la rente pétrolière et gazière dont le cours[8] est passé de 25 USD en janvier 2000 à 52 USD en janvier 2006 et 79 USD en janvier 2014 avec un pic à 145 USD en 2008[9].

Toutefois, l’économie russe reste fortement dépendante des cours du pétrole brut comme cela est visible sur l’image ci-dessous, notamment en observant les conséquences sur l’économie russe de la baisse spectaculaire des cours du pétrole entre 2008 et 2009.

Le secteur des hydrocarbures tire la consommation des ménages, première source de croissance du pays[10], et représente aujourd’hui environ 70% des exportations russes, 50% des revenus budgétaires et 35% (selon Ria novosti. 10% selon Sapir[11]) du PIB. Dès lors, les chances sont minces pour que Vladimir Poutine ait pu faire ce qu’il a fait sans pétrole et sans gaz. C’est donc pourquoi la Russie ne peut que difficilement être un modèle économique pour l’Europe occidentale.

La Russie subit, en outre, un inquiétant ralentissement de sa croissance, en raison de l’évasion des capitaux, de la crise en Europe, mais surtout de la question de la compétitivité de l’économie russe et du taux de change du Rouble[12].

La production industrielle reste faible et peu compétitive : Depuis 10 ans la part de la production industrielle dans le PIB russe avoisine les 17% et représente seulement 7% des exportations[14]. Il s’agit encore bien souvent d’une industrie lourde[15]employant toujours 30 % de la population active. Une étude menée en 2012, sur 59 pays indiquait que la Russie occupait la 53ème place en termes de productivité et d’efficacité du travail, la 34ème pour l’infrastructure, la 57ème place dans la catégorie « la législation réglementant l’activité économique » et la 58ème place dans la catégorie « la possibilité d’établir librement des prix marchands non réglementés et réalistes ». La Russie s’était placée en 48ème position dans le classement général[16].

Le petit entrepreneuriat est, quant à lui, sous-développé en Russie, car trop risqué, compte tenu de l’insécurité juridique qui entoure la question des droits de propriété. Ce secteur ne représente que 20 % de l’emploi et du PIB alors que dans les pays de l’OCDE, la moyenne se situe à 45 %[17].

Les inégalités et la corruption demeurent également : Les 110 oligarques russes détiennent 35% du patrimoine national contre 1 à 2% des richesses nationales en moyenne détenues par les milliardaires dans les pays du monde[18].

Enfin, il convient de préciser que le désendettement est également en partie dû à une restructuration de dette intervenue suite au défaut de 1999[19].

Alexandre Mandil

 



[2] http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/russie/dette-publique.html

[3] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000537-russie-une-puissance-en-declin-ou-en-devenir/une-economie-basee-sur-la-rente-des-hydrocarbures

[5] http://www.planet-expert.com/fr/pays/russie/investissement-direct-etranger-ide

[6] http://french.ruvr.ru/2014_02_04/Demographie-russe-la-population-ne-baisse-plus-6741/

[7] http://www.planet-expert.com/fr/pays/russie/investissement-direct-etranger-ide

[10] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000537-russie-une-puissance-en-declin-ou-en-devenir/une-economie-basee-sur-la-rente-des-hydrocarbures

[11] http://russeurope.hypotheses.org/1621

[12] http://russeurope.hypotheses.org/1621

[14] http://fr.ria.ru/presse_russe/20130625/198620236.html

[15] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000537-russie-une-puissance-en-declin-ou-en-devenir/une-economie-basee-sur-la-rente-des-hydrocarbures

[16] http://fr.ria.ru/presse_russe/20130625/198620236.html

[17] http://russeurope.hypotheses.org/1621

[18] http://fr.ria.ru/business/20131009/199511240.html


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