Quelles opportunités pour la France et ses entreprises en Indonésie ?

Borobudur

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En 2014, la France a une nouvelle fois affiché une bien faible croissance de son produit intérieur brut (PIB) de 0,4%. Continuant à perdre des emplois industriels, la France aurait dès lors tout à gagner à diversifier ses débouchées en accentuant sa présence au sein d’économies en plein essor et moins courtisées que ses traditionnels partenaires.

Parmi les principaux géants émergents, l’Indonésie est sans conteste l’un des plus prometteurs. Quatrième nation la plus peuplée au monde avec plus de 250 millions d’habitants (densité de 132,4 hab./km² ; 974 habitants au km² à Java), l’Indonésie est également le pays comptant le plus de musulmans (musulman 87,18%, protestants 6,96%, catholiques 2,91%, hindous 1,69% ; bouddhistes 0,72%, autres 0,56 %). Composée de plus de 17 000 îles réparties sur 1 905 000 km² (classée 16e), elle est le plus grand État archipélagique au monde et s’étend sur plus de 5 000 kilomètres. Sa capitale, Jakarta, est la deuxième métropole la plus peuplée au monde et borde certains des détroits les plus stratégiques du commerce mondial.

La République d’Indonésie, héritière d’une très riche histoire et notamment des riches royaumes hindous bouddhiques de Java, a proclamé son indépendance des Pays-Bas depuis le 17 août 1945. Démocratie d’Asie du Sud-est à régime présidentiel, elle est dirigée par Joko Widodo (centre droit) depuis les élections de fin 2014 qui se sont déroulées dans le calme et ont permis de confirmer la consolidation des institutions démocratiques du pays et de ses plus de 300 ethnies parlant plus de 660 langues.

Le président sortant Susilo Bambang Yudhoyono (2004 – 2009) avait, en effet, mis en œuvre une politique de réformes politiques et économiques afin de stabiliser la situation interne du pays, de poursuivre l’assainissement de son économie et à plus long terme, de rétablir la place de l’Indonésie sur la scène internationale.

Cette stabilité retrouvée de l’Indonésie a permis son essor économique. Membre du G20, l’Indonésie est la 16e puissance économique mondiale (27e il y a dix ans) et la première d’Asie du Sud-est avec un PIB de 800 milliards d’euros en croissance rapide de 5% environ au dernier trimestre 2014 (6,2% en 2012). Selon certains analystes, notamment du cabinet McKinsey, l’Indonésie pourrait être en 2030 la septième puissance mondiale, devançant l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France. D’après l’OCDE, le rythme de croissance de l’Indonésie entre 2014 et 2018 devrait atteindre 6%, ce qui en ferait l’économie la plus dynamique des grands pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est dont elle est l’un des membres les plus actifs. Son PIB pourrait même être multiplié par 6 d’ici à 2025. Le principal moteur de la croissance indonésienne reste la demande interne qui représente 60% du PIB.

L’Indonésie bénéficie en outre d’un faible endettement interne et externe (dette publique à 26% du PIB), d’un faible déficit public et d’un taux de chômage de 5,94%. 70 millions de personnes y constituent une « classe moyenne » de nouveaux consommateurs appelée à doubler en nombre d’ici à 2020 et permettant la croissance du parc automobile de 30 % par an. Le taux d’urbanisation, déjà à 50 %, devrait passer à 68 % en 2025.

Sur le plan réglementaire, le gouvernement a lancé en 2006 un programme d’action pour l’amélioration du climat de l’investissement. S’il est relativement aisé de trouver des financements auprès des banques locales, il est aussi possible de créer une société en trois mois et, immense avantage, le rapatriement des bénéfices est autorisé. De plus, la propriété d’une société à responsabilité limitée (Perseroan Terbatas) peut être exclusivement étrangère, permettant ainsi de ne pas avoir à faire appel à un partenaire local, et la prise de participation étrangère au capital d’une entreprise indonésienne est autorisée, sauf dans certains secteurs d’activités.

Par ailleurs, l’Indonésie bénéficie de ressources considérables, tant agricoles (huile de palme, caoutchouc naturel, cacao, café), halieutiques, énergétiques que minières (charbon, pétrole, gaz naturel liquéfié, cuivre, or, nickel, étain).

En conséquence, après avoir connu une croissance record en 2013 (+22,4%), les investissements directs étrangers ont augmenté de 13,5% en 2014, et le pays prévoit une augmentation de 15% en 2015. D’après le Rapport sur les investissements mondiaux 2014 de la CNUCED, l’Indonésie figure parmi les trois destinations privilégiées des compagnies transnationales pour 2014-2016, se situant devant l’Inde et le Brésil.

Toutefois, derrière ce tableau idyllique, les difficultés sont également très nombreuses. L’Indonésie dispose d’un faible Indice de développement humain à 0,726 (109e) et le PIB par habitant de 3 236 euros demeure encore faible. L’inflation reste également un sujet de préoccupation depuis 2008 sous l’effet notamment de la hausse du prix des matières premières et des denrées alimentaires. Elle est repartie à la hausse en 2013 à 6,29%, après avoir été ramenée de 7% en 2010 à 4,3% en 2012. De plus, les exportations indonésiennes (168 milliards d’euros) sont en baisse pour la seconde année consécutive ; soit – 2,6%, après une baisse de 6,3% en 2012. Ces dernières proviennent principalement (62,8%) du secteur manufacturier. Les importations sont elles aussi en légère baisse et proviennent principalement de Chine. Son déficit commercial s’élève ainsi à 3,5 milliards d’euros en 2013.

En effet, les réformes en cours ne sont pas parvenues à supprimer l’ensemble des freins au développement et à l’investissement dans le pays :

  • L’Indonésie connait une tendance au protectionnisme et notamment des restrictions de l’emploi pour les étrangers et de la participation dans les banques locales et dans le secteur minier.
  • Sa monnaie, la roupie indonésienne (1 IDR = 0.0000704948 EUR au 7 mars 2015) a également fortement tangué en 2013 et elle ne cesse de se dévaloriser depuis par rapport au dollar : 9 750 IDR pour 1 USD en janvier 2013 contre 13 000 IDR pour 1 USD en mars 2015.
  • Le Pays souffre également de réels problèmes de gouvernance et de règlementation comme l’absence de cadastre et donc de réglementation en matière d’expropriation qui inquiètent également les entreprises. L’imprévisibilité juridique est souvent déplorée et plusieurs échelons de la justice passent pour être inefficaces. L’Indonésie est classée au 129e rang (sur 183) pour la « Facilité à faire des affaires ».
  • Dans son dernier classement 2014, l’ONG Transparency International place l’Indonésie au 107e rang des pays les plus corrompus, sur 175 nations. Les administrations fiscales et douanières sont toujours perçues par les milieux d’affaires comme étant généralement corrompues et arbitraires. Le nouveau président Joko Widodo ambitionne de restaurer la confiance dans le système politique indonésien en éradiquant la corruption. Toutefois, si les affaires de corruption de haut niveau traitées par la commission pour l’éradication de la corruption (KPK) impliquant des responsables politiques ou de la justice sont très médiatisées, la corruption à des niveaux inférieurs est plus répandue et plus difficile à contrecarrer.
  • Les déséquilibres régionaux au sein de l’archipel sont très marqués et aggravés par le grave sous-équipement en infrastructures qui handicape profondément le développement des régions les plus excentrées. Ainsi, Java qui représente 7% du territoire indonésien, compte 57% de la population, 5 des 6 plus grandes villes du pays et produit 58% du PIB indonésien ; Jakarta produit à elle seule 20% du PIB national. En Indonésie, 60 % de la population n’a toujours pas accès à l’eau potable et 30 % à l’électricité. De même, si les millionnaires sont légion, la moitié de la population vit encore avec moins de deux dollars par jour.
  • Les problèmes environnementaux, notamment la gestion des déchets à Java et Bali sont considérables. Les habitants sont souvent contraints de bruler eux-mêmes leurs déchets.
  • L’Indonésie connait aussi des menaces sécuritaires sur son territoire. Si la pratique de l’Islam y est depuis des siècles empreinte de tolérance, des groupes fondamentalistes font peser sur le pays la menace terroriste et de violents affrontements entre communautés ont parfois lieu. Les attentats de Bali du 12 octobre 2002 par la Jemaah Islamiyah impactèrent fortement l’économie du pays et notamment le tourisme. Une nouvelle agence de coordination antiterroriste a d’ailleurs été créée en juin 2010. De plus, si la pacification d’Aceh (pointe nord de l’île de Sumatra) en 2005 est un succès, la situation reste en revanche tendue en Papouasie depuis la promulgation de la loi d’autonomie spéciale de 2001, mal acceptée par la population. Des heurts et de violentes manifestations ont régulièrement lieu et cette région demeure dangereuse.

Au niveau régional, les premiers partenaires de l’Indonésie restent les pays de l’ASEAN avec 36 Mds EUR (21,3%) d’exports et 51.8 Mds EUR d’imports (30%). Par ailleurs, malgré les difficultés, l’Allemagne (qui y a des parts de marché deux fois supérieures à la France), les Pays-Bas, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et les États-Unis sont de plus en plus présents dans l’archipel et constituent de solides rivaux pour les entreprises françaises :

  • Les visites à Jakarta du président Obama en 2010 et 2011 ont confirmé le regain d’intérêt américain dans le cadre de leur politique du « Pivot ». Une série d’accords, en juin 2010, avaient déjà jeté les bases de plusieurs projets américains en Indonésie dans le domaine des investissements et de la défense.
  • Malgré les tensions en Mer de Chine du Sud, la Chine est de son côté l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Indonésie. Les communautés chinoises y sont nombreuses, bien implantées, et très actives sur le plan commercial.
  • L’Australie entretient quant à elle une relation bilatérale étroite avec l’Indonésie, leurs échanges étant devenus multiformes après avoir longtemps été dominés par le commerce et la lutte contre le terrorisme. Malgré des remous causés par la politique d’immigration australienne, l’Indonésie a vocation à être le point central de sa politique étrangère.
  • Le Japon est un important bailleur d’aide internationale, investisseur et partenaire commercial de l’Indonésie. Qui est déjà allé en Indonésie ne peut que constater la présence quasi monopolistique d’Honda dans la vente des deux roues et dans le secteur automobile.
  • L’Inde cherche quant à elle à contrebalancer l’influence chinoise en Asie et entend accroitre sa présence dans les pays de l’ASEAN en général et en Indonésie en particulier.
  • La Corée du Sud n’est pas en reste et souhaite développer ses exportations et ses investissements dans le pays, notamment dans le secteur de la construction et de l’ingénierie et des infrastructures. Elle bénéficie d’un fort soutien de son gouvernement.

Forces et faiblesses de la présence française dans l’archipel

Sans titresLa France a quant à elle de nombreux atouts à faire valoir, mais demeure, hélas trop peu présente en Indonésie. La communauté française en Indonésie est faible. Environ 3973 personnes (la communauté indonésienne en France est, elle, composée de 2 314 personnes) et 150 entreprises françaises, dont 40 bien établies, employant 37 000 personnes environ y sont répertoriées. À titre de comparaison, le nombre de sociétés sud-coréennes présentes en Indonésie s’élève actuellement à 1 200. De plus, les sociétés françaises étaient 450 il y a quinze ans selon le sénateur le sénateur UMP du Val-de-Marne, Christian Cambon, coauteur du rapport « La France face à l’émergence de l’Asie du Sud-Est ». De même, la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Indonésienne a été créée en 1979 et regroupe à peine 238 membres contre 800 pour la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Côte d’Ivoire !

Cette faible présence française en Indonésie s’explique en grande partie par la non-prise en compte par la France de l’importance et du potentiel du pays : aucun président français ne s’y est déplacé depuis… François Mitterrand ! Mais également par le manque de connaissance de l’Indonésie, de son modèle politique, de sa culture, de ses projets et de ses circuits de financement qui ne nous aide pas à gagner la confiance des Indonésiens. En août 2013, au siège de l’ASEAN, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, regrettait que « les relations entre les deux pays ne soient pas encore à la hauteur de leur potentiel ». Enfin, le fait que la France perde des parts de marché, y compris vis-à-vis de certains partenaires européens, met également en lumière les problèmes de compétitivité « coût » et « hors coût » du tissu économique français par rapport à ses concurrents directs.

Pourtant, le marché est prometteur et attire de plus en plus les multinationales françaises à l’instar de Total, Alstom, Schneider Electric, Carrefour, France Télécom, Aventis, Suez, Lafarge, Accor, Danone, Air Liquide, AXA, Renault, Eramet, Sanofi et Lafarge. Ces grands groupes sont justement connus pour être spécialisés dans les secteurs à fort potentiel d’expansion en Indonésie : les télécommunications (notamment le sans fil et les infrastructures), les transports, l’énergie (pétrole, gaz, électricité), le traitement des eaux et l’ingénierie, la construction, la sécurité, l’industrie médicale et pharmaceutique, l’aéronautique, l’informatique, l’industrie chimique, la vente au détail, les services de franchise. Quelques importants contrats comme la commande de 234 Airbus par Lion Air ou l’installation fin 2012 par L’Oréal de sa plus grande usine mondiale de cosmétiques ont notamment mis en lumière l’immense potentiel de ce marché mal connu :

  • Dans le secteur des infrastructures, l’Indonésie prévoit de se doter d’ici 2020 de 20 000 kilomètres de routes, de 15 000 MW de production énergétique, et de moderniser ports et raffineries pétrolières. D’ici à 2025, 195 milliards d’euros d’infrastructures sont prévus. Pour les installer, le savoir-faire des groupes français déjà installé, Saint-Gobain, Lafarge, Total, GDF-Suez, Colas, Systra, sera apprécié. Ainsi, Alstom a décroché en février 2015 un contrat d’un montant de plus de 61 millions d’euros auprès de PT Pertamina, l’opérateur public pour l’électricité en Indonésie, pour la fourniture et l’installation d’un site géothermique de 30 MW. En outre, la PME Akuo Energy a quant à elle a signé un protocole d’accord avec PT Pertamina concernant le développement et le déploiement en Indonésie de 560 mégawatts (MW) de capacité de production d’électricité d’origine renouvelable.
  • Dans le secteur agroalimentaire, depuis le rachat en 1998 de la marque locale Aqua, Danone a le quasi-monopole de l’approvisionnement en eau en bouteilles de l’Indonésie, produisant sur place 10 milliards de litres d’eau. Alors que les importations de produits alimentaires ont crû de 15 % en 2011, les Français ont une carte à jouer dans les vins, les produits gourmets… et dans l’alimentation animale.
  • Le marché de la santé devrait exploser, avec la mise en place d’un système d’assurance-maladie : 500 cliniques et hôpitaux pourraient ouvrir dans les années à venir. Les sociétés Ceva (santé animale), Essilor, Sanofi et autre Servier devraient profiter de la croissance prévue de 10% des équipements médicaux, des médicaments à produire sur place et des produits de dermato-cosmétologie.
  • La forte croissance économique de l’Indonésie et son adhésion à la zone de libre-échange Asean conduisent à une forte augmentation des ventes de logiciels indonésiens, dont 20 % seulement sont développés par des entreprises locales ainsi qu’à un recours accru à l’e-commerce au sein d’une population équipée à 93 % de téléphones mobiles dont bénéficieront vraisemblablement Alcatel-Lucent et Orange.

En effet, le retour de la France en Indonésie est bien réel comme en témoigne la progressive montée en puissance des exportations d’armements tricolores ces dernières années : 2,9 millions d’euros en 2009, 5,9 millions en 2010, 96,3 millions en 2011, 151,7 millions en 2012. En 2013, les exportations de la France vers l’Indonésie représentaient même 161 milliards d’euros en hausse de 20,2%, principalement grâce à Airbus et à ATR (l’aéronautique représentait 50 % de nos échanges au 1er semestre 2013). Les exportations françaises dans la filière bois, les produits pharmaceutiques, les biens d’équipement, les produits informatiques et bien d’équipements électriques, les machines industrielles et agricoles et produits issus de l’industrie agroalimentaire française profitent également de cette dynamique. Au second poste des exportations françaises après les aéronefs, les produits chimiques, parfums et cosmétiques souffrent quant à eux d’une baisse de 6%, atteignant 92,5 millions d’euros. Tout comme les importations françaises en provenance d’Indonésie, en baisse en 2012 de 10,5% par rapport à 2011. L’Indonésie est ainsi, d’après les données de la douane française, notre 44e client sur l’ensemble des transactions 2012 et devient notre 42e fournisseur.

De plus, si nos investissements directs diminuent en flux, ils restent positifs et alimentent le stock d’investissement français, 3e Européen en 2011.

Notons également que malgré le faible nombre de français en Indonésie évoqué précédemment, les communautés françaises en Asie sont désormais aussi nombreuses qu’en Afrique de l’Ouest (environ 60 000 si on prend en compte les non-inscrits) et 120 000 Français se rendent en Indonésie chaque année, pour affaires ou tourisme.

Dès lors, nos échanges commerciaux avec l’Indonésie progressent favorablement, mais restent encore marginaux dans le paysage économique des deux pays.

L’exemple à suivre du secteur de la Défense !

En raison de la stratégie du nouveau président indonésien Joko Widodo de reconstruction et de modernisation de la défense nationale, première de ses neuf priorités, et des budgets de défense en berne en Europe, l’Indonésie attire les convoitises des groupes d’armement français. Airbus Group, Dassault Aviation, Thales, Safran, DCNS, Nexter et Renault Trucks Défense en tête. Résultat, l’Indonésie est arrivée en 2013 au quatrième rang des pays clients de l’industrie de défense tricolore (480 millions d’euros), loin certes du premier l’Arabie Saoudite (1,9 milliard). Les contrats remportés sont en effet légions et la direction générale de l’armement (DGA) a réenvoyé à Jakarta un attaché d’armement en 2014 :

  • Le groupe Airbus y produit des avions de transport militaires CN-235 et C-295 sous licence.
  • Airbus Defence ans Space (ADS) va fournir à l’armée de l’air indonésienne des systèmes d’avant-garde pour assurer l’identification des avions de surveillance de l’espace aérien (système MSSR 2000 I).
  • Airbus Helicopters (AH), présent en Indonésie depuis 1976 a signé un partenariat industriel en 2008 avec le constructeur aéronautique national, PT Dirgantara Indonesia/Indonesian Aerospace (IAe) pour créer une chaine d’assemblage des fuselages des hélicoptères de transport EC725 et EC225. Fin 2013, l’armée de terre indonésienne a commandé 12 hélicoptères légers d’attaque Fennec qui seront livrés entre mi-2014 et 2016.
  • Le groupe Thales a vendu en 2014 au ministère de la Défense indonésien un système de défense aérienne intégré ForceShield et des missiles StarStreak pour un montant de plus de 130 millions d’euros. Il a également obtenu un contrat avec la marine indonésienne, via le chantier naval néerlandais Damen visant à fournir un système de missions destiné aux deux navires de classe PKR. Thalès a en outre remporté un contrat civil portant sur la construction d’un satellite de télécoms Telkom-3S.
  • Le missilier MBDA, bien implanté dans le pays, a notamment vendu à Jakarta en 2013 pour plus de 200 millions d’euros un système d’arme sol-air à très courte portée, Mistral 3.
  • Nexter a fourni à l’Indonésie en 2013 37 systèmes d’artillerie autotractés Caesar pour 115 millions d’euros.
  • Le chantier naval des Sables d’Olonne OCEA a vendu pour un montant d’environ 80 millions d’euros deux nouveaux bâtiments de support de 60 mètres, de type OSV 190 MKII.
  • Les Français Roxel et Eurenco ont signé fin 2014 avec l’indonésien PT Dahana un accord de coopération dans le domaine des moteurs de roquettes (produits Roxel) et des poudres sphériques pour munitions de petit et moyen calibre (produits Eurenco).

La France peut certainement remercier sa position traditionnelle (gaulliste) française d’indépendance nationale et de reconnaissance des États et non des régimes, certes fragilisée depuis quelques années, qui lui offre un réel avantage en Indonésie. Le pays avait souffert du long embargo sur les armes américain de 1991 à 2005 à la suite des violences contre les indépendantistes du Timor. 80 % de sa flotte de combat composée d’aéronefs américains avait été clouée au sol. Conformément à leur habitude, le Royaume-Uni avait suivi et la Russie, la Corée du Sud (ils développent ensemble un avion de 5e génération), la Chine et même le Brésil en ont profité pour livrer des avions de combat et d’entraînement. À l’instar de l’Égypte acquérant des Rafale, l’Indonésie affiche la volonté de diversifier ses achats d’armements. Mais contrairement à l’Égypte, l’Indonésie veut réduire les importations en matière de défense et ambitionne de développer à terme une capacité industrielle locale. D’où la nécessité de développer en Indonésie des compétences locales avec des partenaires locaux, y compris dans les services.

De plus, les groupes tricolores ont vraisemblablement su capitaliser sur le partenariat stratégique en matière de défense et de sécurité signé entre la France et l’Indonésie en 2011.

La part des exportations françaises en Indonésie dans le secteur de la défense devrait encore s’améliorer à l’avenir. En effet, l’Indonésie entend assurer l’intégrité de son vaste territoire et s’imposer comme une puissance maritime régionale et prévoit d’augmenter le budget de défense pour atteindre 1,5 % du PIB d’ici à 2019 pour atteindre 18 milliards d’euros (contre 6,4 milliards actuellement). Les groupes français pourraient donc continuer d’en profiter :

  • Thales estime à plus de 500 millions d’euros les opportunités de business (civils et militaires) dans les cinq ans à venir.
  • L’Indonésie serait même intéressée par le Rafale de Dassault Aviation (peut-être 16 avions) qui aurait été approché et attendrait une demande officielle d’information.
  • DCNS a notamment signé il y a environ 18 mois avec PT PAL un vaste accord de transfert de technologies (ToT) sur le programme de sous-marins Andrasta, créé pour les pays voulant disposer d’une force sous-marine spécialisée dans le combat côtier. À condition, bien sûr, que l’Indonésie s’offre ce type de sous-marins.
  • Airbus Helicopters espère signer des commandes pour un nouveau lot de neuf Caracal et de 11 AS565 Panther pour la lutte anti-sous-marine à la marine indonésienne.

La mobilisation des pouvoirs publics français

Sans titrezeEn raison de sa position stratégique sur les routes maritimes, de sa situation géographique en Asie du Sud-Est au cœur de l’une des premières zones de croissance mondiale et de son potentiel de développement, l’Indonésie (mais également la Malaisie, Singapour et l’ASEAN en général), doit être l’une des priorités de la diplomatie française, non seulement sur le plan économique, mais aussi politique et stratégique.

D’ores et déjà, une mobilisation particulière de tous les acteurs publics est aujourd’hui engagée autour de l’enjeu de la présence économique française en Indonésie :

  • La visite de l’ancien Premier ministre, M. François Fillon, du 30 juin au 2 juillet 2011, a conduit au lancement d’un partenariat stratégique entre la France et l’Indonésie, qui s’est concrétisé immédiatement par la signature d’accords dans le domaine de l’énergie et des ressources minérales, du tourisme, des musées, de la coopération universitaire et des transports (aériens et ferroviaires).
  • Un premier « guide des affaires » a notamment été réalisé par Ubifrance, présent à Jakarta depuis 2010, et les secteurs les plus prometteurs (énergie, tourisme, transport…) ont fait l’objet de fiches par marchés et filières à destination des entreprises françaises.
  • L’AFD, qui n’intervient en Indonésie que depuis 2007, dispose d’un budget de 250 millions d’euros par an qu’elle engage principalement dans la lutte contre le changement climatique et la promotion des investissements « verts » et « bleus » (maritimes). Elle participe également à la rénovation du réseau de distribution électrique indonésien.
  • La France et l’Indonésie coopèrent également sur le plan sécuritaire (mission de surveillance à Aceh en 2005) sur le plan de la gestion des crises et des catastrophes naturelles (Cf. tsunami de 2004), sur le plan universitaire et scientifique (environ 300 à 350 Indonésiens étudient en France chaque année) et sur le plan culturel au sens large. La France s’appuie pour cela sur le réseau de ses établissements culturels à Jakarta, Bandung, Yogyakarta, Surabaya, et sur les Alliances françaises de Bali, Balikpapan, Medan et Semarang.
  • Enfin, nos relations avec l’Indonésie s’inscrivent en outre dans le cadre plus large de notre politique en Asie et en Asie du Sud-Est. La France accorde un intérêt particulier à l’ASEAN, qui constitue un acteur essentiel de l’architecture régionale : preuve en est l’adhésion de notre pays au Traité d’Amitié et de Coopération dès 2007 et l’accréditation en 2009 de l’Ambassadeur résident à Jakarta comme Ambassadeur auprès du Secrétariat de l’ASEAN.

Que doit faire la France pour améliorer sa présence en Indonésie ? 

Par conséquent, l’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde, représente, par la place qu’il occupe au niveau régional et le rôle qu’il entend jouer sur la scène internationale, un partenaire important pour notre pays. La France doit donc poursuivre le trop timide redéploiement de ses moyens diplomatiques vers l’Asie émergente. On peut ainsi se demander si le format « ambassadeur + 3 » (un Ambassadeur plus 3 titulaires de catégorie A) est à la mesure d’une nation comme l’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde, 16e économie mondiale, membre du G20 et siège de l’ASEAN…

La France, puissance riveraine du Pacifique et de l’océan Indien, une situation unique parmi les pays européens, devrait également conserver un déploiement naval dans la région et intensifier les escales en Asie du Sud-Est. Ses moyens permanents, en particulier les frégates de surveillance de Polynésie, de Nouvelle-Calédonie et de la Réunion, demeurent bien modestes pour espérer peser. Ne vaudrait-il pas mieux y faire croiser régulièrement nos navires les plus puissants et modernes, le BPC notamment, afin de les convaincre d’en acquérir ?

Enfin, la France aurait tout à gagner à la mise en place d’un processus réciproque de simplification de la procédure d’attribution de visas économiques ainsi qu’à l’instauration d’un meilleur accompagnement des entreprises dans leur appréhension de la règlementation économique en vigueur en Indonésie.

Sources :

Un commentaire

  1. bravo pour la clarté de cet article.
    excellente synthèse.

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