Peut-on changer d’Europe sans quitter l’Union Européenne ?

Les élections européennes approchent à grands pas et déjà les discours dénonçant les insuffisances, voir les effets néfastes, de l’Europe se multiplient d’un bout à l’autre de l’échiquier politique français.

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D’emblée, soyons clair, sur le plan théorique, l’Union européenne n’est pas fondamentalement une mauvaise chose. Chercher à unir les nations européennes, elles qui n’occupent plus le premier rang mondial depuis leur suicide de 1914-1945 est un projet tout à fait louable. Probablement l’un des plus audacieux de ces derniers siècles. Un projet qui, justement, ne date pas d’hier. Qu’il s’agisse d’une Europe dominée par la France, fruit de conquêtes militaires unifiant par le droit, à l’instar du projet de Napoléon Bonaparte, ou bien de la victoire par le verbe et la plume telle que l’Europe ayant pour capitale Paris, désirée par Victor Hugo. Toutefois, le renforcement d’une solidarité géographique entre les nations européennes formant un bloc puissant face aux États Unis à la Chine à l’Inde, au Japon ou au Brésil n’a de sens que si ces nations, individuellement ou collectivement, conservent indépendance et souveraineté.

Or, c’est précisément là que le bât blesse. En effet, les nations ont délégué des pans entiers de leur souveraineté – monétaire, budgétaire, législatives – à l’entité en charge de bâtir cette solidarité européenne, l’Union européenne. Cette dernière, et ceci depuis son origine, n’a pas été conçue comme un instrument d’indépendance et de souveraineté de l’Europe, mais comme le premier maillon, avec le FMI, l’OMC et l’Otan, d’un processus parfois mondialiste et souvent atlantiste. Au-delà des Dominique Strauss Kahn, Pascal Lamy, Jean Claude Trichet et Christine Lagarde, Manuel Barosso[1], qui caresse le rêve ambitieux de diriger l’Otan, est l’exemple le plus aboutit d’une élite songeant, en anglais, à l’établissement d’un gouvernement mondiale ayant pour capital New York et Washington.

Par ailleurs, même les plus fervents défenseurs de l’Union Européenne admettent que désormais, nain politique, l’Europe sert de plus en plus sur le plan économique de couverture aux seuls intérêts de l’Allemagne. La poursuite de la politique d’austérité, mise en place, dans les pays d’Europe du Sud, explicitement pour « sauver l’Euro » sans imposer des coûts trop importants à l’Allemagne le souligne.

Il convient, dès maintenant, de préciser que l’UE, en dehors des non aux référendums français, néerlandais et irlandais, est l’Europe que nous européens, nous français, avons construite ! Directement ou indirectement, par nos votes, en soutenant régulièrement les partis au pouvoir. Et c’est par nos votes que nous pourrons en changer.

Il convient également d’indiquer que l’UE n’est pas le seul problème et ne doit, par conséquent, pas être le seul bouc émissaire. Il existe un problème français. Un gros problème de dette, de dépenses publiques, de compétitivité, d’assimilation des étrangers, d’éducation et de non renouvellement des élites. Mais pour être traités, ces problèmes nécessitent que nous recouvrions nos capacités décisionnelles.

C’est pourquoi, sans nier les responsabilités des gouvernements nationaux, à commencer par le nôtre, force est de constater que trente années de dérives ont condamné l’Union européenne à devenir une machine bureaucratique sans stratégie de puissance, sans vision identitaire et sans grands projets d’avenir. Les concepteurs de l’Union européenne sont en passe de tuer le grand projet européen.

 

Sommaire: 

L’UE, l’aboutissement d’une construction américaine de l’Europe

Echecs et insuffisances d’un appareil bureaucratique et technocratique dénué d’âme  

La politique économique et industrielle de l’Europe

Quelle politique monétaire pour les nations européennes ?

Le Traité de libre-échange transatlantique

Diplomatie européenne et Europe de la défense

La maîtrise européenne de ses frontières

Déni identitaire : on ne fait pas d’omelettes avec des œufs durs

Le noyau dur : l’Europe historique des six

Pour une Europe des nations, des peuples et des projets de puissance. 

L’UE, l’aboutissement d’une construction américaine de l’Europe

Les élections européennes sont l’occasion d’entendre et de réentendre continuellement le mythe selon lequel « l’Europe [serait] la paix ». L’analyse de la situation d’après-guerre démontre qu’en réalité, c’est la paix qui a fait l’Europe. Après trois guerres, détruites, les trois puissances du continent, la Prusse/Allemagne, la France et l’Angleterre ont cessé d’être assez puissantes pour espérer dominer l’Europe et le monde. L’issue de la seconde guerre mondiale a achevé de les placer sous protectorat américain. Les milliers de soldats américains et le parapluie nucléaire, ont assuré l’instauration de la « pax america », à l’instar de la « pax romana » d’autrefois.

Ce sont d’ailleurs les Etats-Unis d’Amérique, profitant de leur emprise sur le continent, qui réuniront différentes personnalités européennes, les chargeant de fonder une organisation supranationale devant fragiliser les nations européennes sans pour autant créer une unité fédérale forte. Parmi ces personnalités venues de divers horizons figurent notamment:

  • Walter Hallstein[1], juriste, homme politique et diplomate. Il est un ancien membre de diverses associations nazies sans toutefois être membre du Parti national-socialiste. En 1938 il représenta le gouvernement nazi pendant les négociations d’État avec l’Italie fasciste concernant la mise en place d’un cadre juridique de « la nouvelle Europe ». Fait prisonnier de guerre par les américains, il devint, après avoir été secrétaire d’État aux affaires étrangères du chancelier Konrad Adenauer en 1951, le premier président de la Commission européenne de 1958 à 1967. Il fut remplacé en raison des réticences de la France à son égard.
  • Robert Schuman, homme d’État français et pacifiste, accueillit favorablement en 1938 les accords de Munich. Estimant, dès juin 1940, qu’il « faut mettre bas les armes », il fit parti du premier gouvernement Pétain et lui vota les pleins pouvoirs[2]. Fait prisonnier par les nazis avant de s’évader, il fut frappé après-guerre d’une peine d’indignité nationale en raison de son vote de 1940 puis pardonné. Employé par les services américains il participa activement à la construction européenne et fut président du Conseil des ministres à deux reprises ainsi que président du Parlement européen.
  • Figurent également d’autres personnalités de premier plan employées et financées par les services américains pour soutenir l’idée européenne, tels que Paul-Henri Spaak, Jean Monnet[3] (le « petit financier à la solde des Américains » selon de Gaulle), Français Henri Frenay[4] ou encore, moins impliqué dans la construction européenne, Raymond Aron qui participait à une revue financée par la CIA via l’American Committee for United Europe[5].

Le but des États-Unis est simple : constituer une Europe sous domination américaine et empêchant une éventuelle alliance eurasienne. L’Union européenne doit empêcher les nations européennes de retrouver leur puissance tout en demeurant trop faible politiquement, notamment en raison des multiples élargissements, pour constituer une véritable menace pour les États-Unis. Le cynisme de Zbigniew Brzezinski[6], dans son livre le grand échiquier[7], résume parfaitement la stratégie américaine depuis l’après-guerre :

  • « Éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l’état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives ».
  • « L’élargissement de l’Europe et de l’OTAN serviront les objectifs aussi bien à court terme qu’à plus long terme de la politique américaine. Une Europe plus vaste permettrait d’accroître la portée de l’influence américaine – et, avec l’admission de nouveaux membres venus d’Europe centrale, multiplierait le nombre d’Etats pro-américains au sein des conseils européens – sans pour autant créer une Europe assez intégrée politiquement pour pouvoir concurrencer les États-Unis dans les régions importantes pour eux, comme le Moyen-Orient. »
  • « L’Amérique devra user de son influence en Europe pour soutenir l’admission éventuelle de la Turquie au sein de l’UE, et mettre un point d’honneur à la traiter comme un Etat européen. »
  • « L’Europe deviendrait, à terme, un des piliers vitaux d’une grande structure de sécurité et de coopération, placée sous l’égide américaine et s’étendant à toute l’Eurasie. […] Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des Etats-Unis. […] l’Europe de l’Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu’étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires.»
  • « En aucun cas, l’Amérique ne devrait donner l’impression que sa préférence va à une association relativement lâche formée par le plus grand nombre possible d’Etats européens. En paroles comme en actes, il est important qu’elle rappelle sa volonté de traiter un jour d’égal à égal avec l’Union européenne, sur toutes les questions de politique et de sécurité internationale, et qu’elle ne la considère pas comme un marché commun régional, constitué de pays liés aux Etats-Unis par l’OTAN ».
  • « La France n’est assez forte ni pour faire obstacle aux objectifs géostratégiques fondamentaux de l’Amérique en Europe, ni pour construire une Europe à ses vues. De ce fait, ses particularismes et même ses emportements peuvent être tolérés. »

Attaché à la souveraineté de la France mais aussi à l’indépendance de l’Europe, le Général de Gaulle avait très tôt compris cette stratégie. Mais également la position de la grande Bretagne désirant empêcher tout renforcement de l’Europe des six et l’attitude ambivalente de l’Allemagne. En ratifiant le traité de l’Elysée de 1963, le Bundestag, le fera précéder d’un préambule réaffirmant la priorité de l’alliance germano-américaine sur le partenariat franco-allemand[8].

Or, cette vision d’une Europe indépendante – Europe européenne – tenant éloignée la Grande Bretagne et faisant pression sur l’Allemagne pour coopérer, ses successeurs ne l’auront pas. Pompidou fera immédiatement rentrer le Royaume-Uni brisant le fragile équilibre de l’Europe des six déjà impactées par la duplicité allemande. Face à une partie des élites françaises en faveur de l’URSS, l’autre partie, la plus nombreuses, fera le choix des Etats-Unis. Comme le disait de Gaulle face à nos élites qui ne croient massivement plus en la France, seul le parti de l’indépendance n’aura pas de partisans[9] !

Échecs et insuffisances d’un appareil bureaucratique et technocratique dénué d’âme

L’Union européenne est aujourd’hui devenue une entité supranationale de 28 Etats européens hétérogènes. Ayant en grande partie perdu sa légitimité populaire, l’Union européenne est fort peu démocratique. Ses institutions – la Commission, la Cour de Justice, la banque centrale – sont technocratiques et ne rendent compte devant aucune instance élue. Le seul organe directement élu est le parlement européen qui ne dispose pas de l’initiative législative[1]. Le droit de pétition citoyenne ne bénéficie, quant à lui, d’aucun caractère contraignant. Malgré ce déficit évident de démocratie, en France, 80% des lois nationales proviennent de règlements ou de directives européennes[2].

De même, la séparation des pouvoirs n’est absolument pas respectée[3]. Et que dire de la légitimité de la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne et du président du Conseil européen… L’Europe est devenue un système d’évitement de la démocratie et des souverainetés nationales.

La politique économique et industrielle de l’Europe

Loin d’être un instrument de puissance, de souveraineté et d’indépendance du continent européen et de ses peuples, l’UE étouffe sous une masse de réglementations et de normes superflues.

De nos jours, nulles mesures visant à protéger les nations qui la composent en exigeant une nécessaire et évidente réciprocité face à la Chine, les États-Unis ou la Corée du Sud. Nuls projets ou stratégies d’accroissements de puissance à l’échelle du continent. Mais des normes et des normes et des normes concernant les fromages, les chasses d’eau[4], la taille des escabeaux[5], la courbure des concombres[6] etc.

L’Union européenne empêche ses nations de se protéger et ne daigne pas prendre le relais, prônant une ouverture, au mieux naïve, au pire suicidaire. Les technocrates bruxellois (comme bien souvent les dirigeants nationaux), ignorent ou occultent l’étendue de la guerre économique mondiale qui se joue. La concurrence déloyale causée par des subventions déguisées et des mesures protectionnistes en tout genre, ainsi que les dumpings sociaux et environnementaux sont les armes de nos rivaux. La désindustrialisation massive et nos millions de chômeurs y sont notre défaite et nos morts. Les élites allemandes, elles ne l’ignorent en rien. Mais positionnée sur un créneau que tout le monde ne peut occuper, celui de l’exportation à outrance de produits de très haute qualité, l’Allemagne refuse toute mesure protectionniste.

Comment l’Union européenne peut-elle être la seule puissance économique à ne pas disposer d’un mécanisme de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques[7] ?

Pourquoi dans le cadre de l’attribution des marchés publics, les administrations du continent sont-elles tenues de choisir les offres les moins onéreuses, y compris lorsqu’elles proviennent de sociétés non européennes, alors qu’en matière de marchés publics (1000 milliards d’euros par an), lorsque le taux d’ouverture européen est de 90 % il est de 32 % aux États-Unis, 28 % au Japon et de 0 % dans les « pays émergés »[8]

Les réponses à ces questions s’expliquent en grande partie par l’interdiction faites aux nations européennes de contrôler leurs frontières et par le refus de l’UE de s’y substituer. Le triple dogme des élites européennes de la liberté de circulation pénalise directement les nations européennes les plus développées:

  • La liberté de circulation des biens[9] conduit nombres de nos sociétés à délocaliser en Europe de l’Est ainsi que dans des pays au sein desquelles ils peuvent exploiter une main d’œuvre bon marché qui ne disparaîtra jamais.
  • La liberté de circulation des capitaux[10] permet un exil fiscal massif dans des paradis fiscaux qui n’existait pas au temps de Roosevelt et de de Gaulle, empêchant les politiques fiscales à destination des grosses fortunes, au détriment des classes moyennes, et causant même un véritable dumping fiscal à l’intérieur de l’Union européenne.
  • Même la liberté de circulation des personnes[11] intra-européenne voit ses effets positifs fortement contrebalancés par la directives des travailleurs détachés[12] permettant à des entreprises d’embaucher des travailleurs polonais, roumains, slovaques etc., à des salaires français, mais en ne payant que les charges des pays d’origines des travailleurs, parfois jusqu’à trois fois inférieures. Gageons qu’il s’agissait d’un des objectifs de l’élargissement continue de l’UE et notamment l’entrée controversée de la Roumanie et la Bulgarie. Conformément aux plans de Monnet, de Delors et Thatcher[13].

L’Union européenne demeure arc-boutée sur son refus d’élaborer une véritable politique industrielle à l’échelle du continent, lui préférant la fameuse « concurrence libre et non faussée » (terme en soi contradictoire) destinée à offrir des prix bas aux consommateurs. Et peu importe que ces derniers conservent ou non leurs emplois. L’Union européenne a fait le choix, malheureux pour sa puissance, du démantèlement des champions nationaux[14] afin de favoriser la concurrence intérieur et extérieur, quand les autres puissances mondiales renforcent ou bâtissent les leurs[15] afin de conquérir les marchés mondiaux.

Alors que les défenseurs de l’Union européenne citent continuellement en exemple la réussite des grands programmes industriels[16] que sont Airbus[17], Arianespace, Eurocopter et Galiléo, ils occultent soigneusement les règles actuelles du droit européen de la concurrence interdisant justement la réalisation de nouveaux projets de ce genre. Sont également occultés les échecs retentissant de l’européanisation de grands programmes nationaux, parmi lesquels le plan calcul destiné à garantir l’indépendance de la France en matière de gros ordinateurs[18].

De même, les dirigeants européens se sont montrés totalement incapable d’élaborer une véritable stratégie d’indépendance énergétique, n’anticipant pas, au sortir de la guerre froide, le fait que la Russie pourrait chercher à reconquérir sa puissance en se servant de l’arme de l’énergie comme d’un levier de puissance[19].

Quelle politique monétaire pour les nations européennes ?

Les États ne contrôlent plus leurs frontières. Les États ne peuvent plus en mettre en œuvre de politiques industrielles efficaces. Les États ne contrôlent pas davantage un autre instrument de souveraineté qu’est la monnaie.

Et encore une fois, l’Union européenne se refuse à prendre le relais, laissant l’Euro devenir la variable d’ajustement de toutes les politiques de change des puissances mondiales.

Le débat au sujet de l’euro est aujourd’hui général, et se développe de l’Italie au Portugal, en passant par l’Allemagne. Précisons préalablement qu’il est évident qu’une monnaie n’est jamais l’unique problème d’une économie et qu’une monnaie forte n’est pas en soi un facteur négatif. Néanmoins, à 1.4 dollars pour un euro, notre devise est trop chère pour l’économie française. Le ministre de l’économie française[20] et le Président de la Banque Centrale Européenne[21] l’ont reconnu. De nombreux industriels[22] l’ont également dénoncé.

La solution serait donc un changement de mandat de la BCE, mais il faudrait avoir l’honnêteté de dire que, contenu de la position allemande et de son pouvoir dans l’UE, un changement des statuts de la BCE n’a strictement aucune chance de se produire. De plus, il convient également de savoir qu’à l’échelle de la zone euro la cherté de l’euro est malheureusement logique étant donnés la politique monétaire moins accommodante de la BCE, par rapport à ses homologues ainsi que les excédents de la zone. A l’échelle de l’Europe, mais pas de la France car là est le problème fondamental : l’hétérogénéité de la zone. Chaque pays se trouve une situation différente et a donc des attentes différentes.

Désormais, et bien au-delà de l’extrême gauche et de l’extrême droite qui attirent pourtant l’essentielle de l’attention médiatique, nombreux sont les économistes et financiers de diverses origines[23] s’accordant sur le fait que l’Euro a été mal conçu dès l’origine.

Paul Krugman[24] (prix Nobel 2008), Joseph Stiglitz[25] (prix Nobel 2001), Thomas Sargent (prix Nobel 2011), Christopher Pissarides (prix Nobel 2010), James Mirrlees[26] (prix Nobel 1996), Amartya Sen[27] (prix Nobel 1998), Milton Friedman[28] (prix Nobel 1976), Maurice Allais[29] (prix Nobel 1988), Bernard Maris[30], Jacques Sapir, Olivier Delamarche, Jean-Jacques Rosa, Charles Gave, Fréderic Lordon, Jean-luc Gréau, Nouriel Roubini, Alain Cotta, Hans-Olaf Henkel (allemand) et même à un niveau bien moindre, Patrick Artus… Si tous ne prônent pas directement une sortie de l’Euro, ils dénoncent, en revanche, la difficulté, voir l’impossibilité d’appliquer la même politique monétaire, c’est-à-dire le même taux de change et le même taux d’intérêt, à des économies dont les trajectoires et les structures sont différentes. L’instauration d’une monnaie commune dans une zone non intégrée sur le plan budgétaire et fiscal, doit nécessairement conduire à des transferts de richesse[31]. Comme aux États-Unis entre le Dakota et l’Etat de NewYork. Ou en France entre Paris et la Corrèze. Or, ces transferts, évalués par l’économiste Jacques Sapir à 10% de son PIB pendant 30 ans, l’Allemagne ne veut pas en entendre parler[32].

N’ayant pas engagé à temps les grandes réformes structurelles nécessaires au renforcement de leur compétitivité et victime d’une monnaie cher conçue pour les nations compétitives du nord qu’ils ne peuvent pas dévaluer, les pays du sud de l’Europe, au rang desquels figure la France, sont contraintes, de l’aveux même de la commission européenne, de procéder à des dévaluations salariales. D’où l’offensive actuelle en France sur le SMIC et en attendant, les 1.5 millions de stagiaires pour le contourner, le chômage de masse et les tentatives de gels de salaires des fonctionnaires. D’où une politique d’austérité mise en œuvre en Espagne, en Grèce, en Italie et au Portugal qui annihile les faibles perspectives de croissance, fait planer les menaces de déflation et a même conduit à une forte augmentation de la mortalité au Portugal et en Grèce. Dans ce dernier pays, si la dette a diminué passant de 329 à 319 milliards, le chômage ne cesse lui de progresser, les soins ne sont plus assurés et le PIB s’est effondré avec une perte de 40 milliards d’euros. Du coup, le ratio de la dette a explosé passant de 148% du PIB à 175[33]

En privant les États de leur souveraineté budgétaire, le pacte budgétaire européen de mars 2012 qui charge la Commission européenne de veiller à la mise en application des règles adoptées ne fait que renforcer ces politiques d’austérité et les conflits sociaux et fiscaux entre États.

Dès lors, s’il nous faut garder l’Euro en monnaie commune[34] dans le cadre des échanges entre pays de la zone et les pays extérieurs, l’Euro ne doit plus demeurer notre monnaie unique[35]. De nombreux économistes travaillent sur des monnaies nationales (euro franc, euro mark, euro lire…) disposant d’un taux de change fixe entre elles, afin d’éviter une guerre des monnaies comme ce fut le cas à l’époque du SME. Leurs taux seraient renégociés à intervalle régulier, les États utilisant leur monnaie propre pour les échanges intra-communautaires, et la monnaie commune pour les échanges avec l’extérieur.

Le Traité de libre-échange transatlantique

Retirant des pans entiers de souveraineté aux Etats, les dirigeants européens ne souhaitent visiblement pas faire de l’Union européennes une puissance souveraine et indépendante qui protégerait ses peuples. Négocié depuis des années de manière très discrète entre l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique, le « Traité Transatlantique », entend établir les conditions d’un libre-échange généralisé avec les Etats-Unis[36]. Ce traité est néfaste pour la France et l’Europe et comporte de nombreux risque pour la souveraineté nationale et l’autonomie européenne[37]. En effet,

  • Quelle souveraineté nationale ou européenne possible lorsque le traité pourrait intégrer la possibilité d’arbitrage privé des litiges entre États et entreprises privés[38] ? Il ne s’agirait plus pour les sociétés de pouvoir attaquer un État, devant ses juridictions, lorsque ce dernier ne respecte pas ses propres lois, ce qui est tout à fait normal. Il s’agirait désormais pour une société de pouvoir attaquer, devant un tribunal arbitral privé les lois des États, votées par le peuple ou ses représentants, qui ne lui conviendraient pas et freineraient sa quête de profits. Les sentences rendues par ces tribunaux sont exutoires devant les tribunaux nationaux. Dès lors, les États, qu’ils aient à dédommager les sociétés, qu’ils aient à négocier ou qu’ils aient à payer les frais de justice, seraient perdants face aux multinationales. Et les peuples avec.
  • Quelle souveraineté nationale ou européenne lorsque le traité retire aux États la compétence de pouvoir traiter de points essentiels comme la souveraineté alimentaire où la traçabilité en matière de médicaments, touchant ainsi à deux points clefs que sont l’alimentation et la santé ? A force de répéter que l’Europe est « libérale », on oublie combien elle est réglementée quand il s’agit de protéger le consommateur. Personne en Europe ne mange encore de bœuf aux hormones, du porc à la Ractopamine, de poulets lavés au clore ou de produits OGM. Ce sont ces protections qui pourraient à terme être remises en cause par l’accord en cours de négociation.
  • Quelle souveraineté nationale ou européenne quand le traité organise un abandon de toutes les normes françaises ou européennes et une remise en cause du système européen des appellations d’origine ?

Est-il utile de préciser que, bien-sûr, les États-Unis proposent un espace financier commun transatlantique, tout en refusant catégoriquement une régulation commune de la finance. Et naturellement, l’Union européenne n’entend exercer aucune pression sur les étasuniens afin de les empêcher de continuer leur dumping monétaire.

Dans ce dossier, l’absence d’unité européenne est une nouvelle fois particulièrement préoccupante. Les secteurs pharmaceutique et de l’agriculture tout comme l’exception culturelle française font, dans le cadre des négociations, l’objet d’intenses désaccords entre allemands, britanniques et français[39].

Pourquoi, dès lors, conserver une union européenne et ne pas acter directement une union transatlantique ayant pour capitale Washington ? Cette proposition ne serait certainement pas pour déplaire à José Manuel Barosso, Président de l’institution mandatée par les États européen pour négocier avec la puissance américaine, observant, avide, le poste de Secrétaire général de l’Otan. Tandis que la majorité des lobbyistes travaillent pour des intérêts outre-Atlantique, nos dirigeants révèlent leur incapacité, lorsqu’il ne s’agit pas d’une absence de volonté, à défendre nos intérêts.

Est-il utile de préciser que ce traité, Michel Sapin l’a affirmé dans une déclaration le 2 avril 2014, ne sera pas soumis à référendum, ce qui est un procédé classique dans le cadre d’accords commerciaux, mais qui oblige les peuples à se mobiliser tôt pour faire pression sur nos gouvernants.

Diplomatie européenne et Europe de la défense

La manière dont sont engagées les négociations sur le traité transatlantique suffit à démonter l’argument selon laquelle l’Union européenne constituerait un bloc indépendant face aux grandes puissances parmi lesquelles les Etats-Unis d’Amérique. Non indépendante, l’Europe n’est pas davantage unie.

La diplomatie est la preuve la plus éclatante de l’absence fréquente d’intérêts communs entre les États qui la composent. Kosovo, Irak, Mali, Centrafrique… La rare fois ou les États sont parvenus à trouver une position commune, les dirigeants de l’UE, qui se targuent de respecter les droits de l’homme, n’ont pas hésité à apporter leur soutien en Ukraine à des groupes fascisants comme « Pravy Sektor[40] » ou SVOBODA[41]. Catherine Ashton, symbole s’il en est de l’échec retentissant de l’Union européenne dans sa volonté de structurer sa diplomatie, a même posé en compagnie du dirigeant de ce parti[42], coupable de prises de positions ouvertement antisémites et homophobes.

Quelle Europe l’Union européenne construit-elle ? L’Europe désarmée, l’Europe qui ne défend pas ses intérêts dans le monde. L’Europe qui achète américain pour sa Défense.

Rappelons-nous en effet des refus affiché par les Pays bas et nombres de pays de l’Est au premier rang desquels la Pologne, refusant d’acheter des équipements militaire européens et leurs préférant des équipements américains ? Et quel crédit donner au Danemark refusant l’Europe de la Défense au nom de sa neutralité, mais ne voyant aucun problème à figurer parmi les membres de l’Otan ? Force est de constater que les Etats-Unis contrôlent les commandes d’armement de la majorité des pays européens.

Les opérations militaires françaises au Mali et en Centrafrique montrent le désintérêt flagrant des autres nations européennes pour cette chimère française qu’est l’Europe de la Défense, lui préférant, comme instrument de Défense de leur territoire, l’Otan. En effet, en matière de Défense, la France et le Royaume-Uni sont les seuls nations cadre en Europe. Les autres nations européennes désarment et ne sont pas préoccupées par les questions de défense et d’indépendance. Des lors, en prenant en compte le refus du Royaume-Uni de constituer une force de défense commune, l’Europe de la Défense apparaît comme étant un projet irréaliste.

Plus grave, les élites françaises désarment peu à peu la France en prônant un renforcement de l’Europe de la Défense, puis, face aux difficultés subies par notre force armées affaiblies, affirment que l’européanisation de nos forces est la solution ! Contrairement à ce que François Hollande clame, c’est en entraînant la construction européenne sur cette voie que la France est peu à peu sortie de l’Histoire.

La maîtrise européenne de ses frontières

Comme évoquée précédemment, la libre circulation poussée à l’excès limite de manière drastique le contrôle des déplacements de populations à l’intérieur de l’Europe, mettant en péril la cohésion de nos sociétés. Schengen a pris le pas sur la possibilité des États de surveiller eux-mêmes leurs propres frontières. Toutefois, les frontières extérieures de l’Espace Schengen demeurent mal contrôlées par Frontex, l’organisme chargé de prendre le relais des États, et laissent passer des flux d’immigration continue en provenance d’Afrique, d’Europe de l’Est et d’Asie. Roumain et Bulgare, hors de l’Espace Schengen, mais membre de l’Union européenne bénéficie davantage encore des réglementations protectrices de cette dernière.

Les États ne sont, dès lors, plus en mesure de mettre en place des mesures limitant le regroupement familiale par exemple et doivent justifier les refus de visas de long terme.

Toutefois, les exemples suisse et danois prouvent qu’avec du courage, des solutions nationales peuvent encore être mise en œuvre. Les suisses[43] ont choisis par référendum d’instaurer des quotas d’immigrations, tandis qu’en juillet 2011, le Danemark[44] a renforcé ses contrôles douaniers en justifiant cette mesure comme étant destinée à lutter contre l’immigration illégale et la criminalité organisée.

Déni identitaire : on ne fait pas d’omelettes avec des œufs durs

« Une Europe fédérale, pour un peuple européen, pour une civilisation européenne ». Les plus ardents défenseurs de l’Europe répètent inlassablement que le peuple européen existe. Pourtant, une nouvelle fois, l’Union européenne s’est avérée incapable de forger des réalités à partir de ses rêves.

Il est indéniable que les différents peuples européens partagent des Histoires s’entremêlant. Or, aucun programme commun à tous les États européen et visant à inculquer aux écoliers cette ébauche d’Histoire commune n’existe. Les institutions européennes ne siègent dans aucun bâtiment comportant une histoire forte. Sur les euros sont représentés des portes ou des fenêtres qui ne représentent aucune infrastructure existante comme si le projet européen ne devait se bâtir en faisant table rase de l’Histoire et des racines.

En dehors du programme Erasmus, qu’ont tenté les dirigeants européens pour faire naître un sentiment d’appartenance à un peuple européen alors que le mot « identité » passe bien souvent pour être une insulte ? Autour de quelle Histoire ce peuple doit-il être forgé, lorsque la chrétienté de l’Europe, pourtant l’un des principaux éléments commun à ses nations n’est pas assumée. Souvenons-nous du calendrier européen comportant des fêtes de toutes les cultures et religions en dehors de celles issues du christianisme. Aucune définition de ce que l’Europe et le peuple européens sont n’a été faite. S’arrête-t-elle aux frontières de la Russie de la Méditerranée et du Caucase ? Intègre-t-elle la Turquie ? Doit-elle, à terme, s’étendre jusqu’à l’Oural ou Vladivostok? Dans l’esprit de certains occidentalistes, la construction actuelle devrait même devenir une union occidentale intégrant les États-Unis d’Amérique et le Canada.

En dehors d’une poignée de technocrates atlantistes d’après-guerre au passé parfois douteux (Cf. Robert Schuman et Walter Hallstein), l’Union européenne n’a pas davantage cherché à faire émerger des figures historiques qui auraient pu former les bases d’un roman européen, à l’instar du roman national français de la IIIème République qui acheva d’unifier la nation française.

Cette absence d’initiative des dirigeants européens révèle la nature réelle de ce qu’est l’Union européenne: Un grand marché ouvert, à défaut d’une grande nation, cherchant à bâtir, non pas un peuple européen, mais une communauté de consommateurs. Un empire bureaucratique et consumériste, sans âme ni puissance.

En résumé, l’Union européenne se caractérise par ses absences multiples. Absence d’une volonté de forger une identité et une histoire commune, absence de frontières protectrices, absence de légitimité démocratique, absence de politique industrielle efficace, absence de vision stratégique à long terme et de volonté de puissance et absence de défense des intérêts, de la souveraineté et de l’indépendance de l’Europe face aux autres grandes puissances mondiales. L’Europe est devenue un nain politique, militaire et diplomatique qui ne se donne pas les moyens de combattre à armes égales dans la mondialisation.

Face à ces absences répétées, les peuples européens deviennent de plus en plus sceptiques. Or, on ne construit pas un nouvel espace institutionnel durable – nations, empires ou État fédéral – sans les peuples. L’Union européenne, par son incapacité à créer des lendemains qui chantent, tue le rêve européen.

Le noyau dur : l’Europe historique des six

Comme évoqué précédemment l’élargissement européen a rendu toute politique efficace impossible à 28. Comment a-t-on pu faire rentrer des pays et n’élaborer un projet qu’après ? Comment peut-on autoriser les nouveaux entrants à remettre en cause les fondements de l’Europe comme Thatcher et son célèbre « I want my money back » ?

Nous avons préféré l’élargissement à « l’approfondissement », prôné par Jacques Delors. Historiquement et culturellement, l’Europe des six semble être la bonne Europe. L’Europe de Charlemagne, de Napoléon, de de Gaulle, le noyau dur au cœur de l’Europe qui permit aux bâtisseurs de l’Europe d’inventer un projet économique dont l’éventuelle conversion en un modèle politique inquiétait les américains.

Le peuple britannique est majoritairement pour une sortie de l’UE ? Laissons-le, une nouvelle fois, choisir le monde et son Commonwealth plutôt que le continent. Au Luxembourg, paradis bancaire, substituons l’Espagne. Relativement homogènes, ces six pays (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Espagne) représentent 65% du PIB européen. Aux côtés de ce noyau dur constituant un ensemble plus cohérent au niveau social, fiscal, monétaire et politique, pourrait exister une Europe élargie partageant un marché commun et des projets comme Erasmus, la protection de l’environnement et l’application de la Convention européenne des droits de l’homme. L’Europe des six pourrait élaborer une nouvelle politique d’immigration en sortant de Schengen et le droit de la libre circulation européenne, tout en limitant les pouvoirs du juge européens

Cette révolution devra impérativement se faire avec l’accord et la participation active de l’Allemagne. Or, c’est en cela que cette proposition d’une partie de la classe politique de retour à un noyau dur est irréaliste. Elle nie la nature même de la construction européenne avant tout économique qui voit en l’élargissement de nouveaux marchés et de nouveaux espaces de production. Jamais l’Allemagne n’acceptera de renoncer aux espaces de délocalisation et de débouchés pour ses produits que représentent les pays d’Europe de l’Est.

C’est l’élargissement européen progressif qui, en la plaçant au centre de l’Europe a fait de l’Allemagne la puissance exportatrice qu’elle est aujourd’hui. Reste donc la possibilité d’une Europe des quatre, voire des trois, avec la France, la Belgique, l’Italie et l’Espagne. Une Europe latine qui placerait la France en position de force, mais qui, ne faisant pas rêver, n’a que peu de chance d’aboutir.

L’Europe de nations et de peuples souverains et indépendants coopérant autour de projets commun est par conséquent l’Europe la plus réaliste. Celle que le Général de Gaulle qualifiait de levier d’Archimède pour les nations qui la composent.

Pour une Europe des nations, des peuples et des projets de puissance

L’Europe, on l’oublie trop souvent, n’est pas l’Union européenne. Cette dernière, concernée par les élections du 25 mai 2014, n’est que le projet actuel de construction de l’Europe institutionnelle. Un projet fait par nos dirigeants qui pourrait très bien être défait par les peuples. Il n’est nullement impossible de se sentir culturellement et historiquement européen tout en récusant cette organisation qui s’est auto-proclamée « Europe ».

L’Europe est le berceau des civilisations grecques, romaines, slaves et germaniques, de l’épanouissement du génie chrétien et du siècle des lumières. Ce sont ces héritages multiples, divers, riches qui forgèrent chez les peuples européens l’amour de la beauté des arts, de la philosophie, du droit et du rationalisme scientifique. Qui permirent ce savant mélange entre épanouissement des individus et dépassement collectif. Mais l’Europe c’est avant tout des peuples et des nations riches de leurs diversités et de leurs particularités.

Ce sont donc les coopérations entre ces nations européennes autour de grands projets destinées à accroître leur puissance qu’il nous faut continuer et accentuer. Les grands projets sont le succès de l’Europe. Nés en dehors de l’Union européenne, ils sont la preuve de la supériorité des coopérations entre États plutôt que des institutions supranationales. Galileo, Ariane, Airbus, Eurocopter (groupe Airbus), sont des montages créés à l’initiative de plusieurs États européens ayant identifié entre eux des convergences d’intérêts autour de projets industriels et scientifiques.

Les nations européennes, leurs programmes scientifiques et leurs sociétés pourraient s’entendre dans de nombreux domaines d’activité : L’industrie navale civile et de la Défense, l’énergie, les transports, le numérique, Internet. Imaginons un moteur de recherche entre plusieurs États européens indépendant des américains ! Les Russes, les Chinois, les Japonais et les Coréens disposent des leurs. Ces pays disposent également de leurs propres réseaux sociaux. De même, l’Europe pourrait voir naître deux géants de l’énergie complémentaires et reflétant les différentes stratégies nationales: un du nucléaire, des turbines et des Smartgrid, l’autre des énergies renouvelables, des biocarburants et du charbon “propre”.

Malheureusement, ces projets ne pourront pas être réalisés dans le cadre de l’Union européenne actuelle. Obsédé, souvent à juste titre, par le consommateur, le droit européen de la concurrence défendu par la commission européenne limite manière drastique les coopérations entre États depuis l’acte unique européen de 1986. En effet, les règles du droit de la concurrence européen prohibent les ententes et cartels, interdisent les abus de positions dominantes, contrôlent les concentrations et surveillent les aides accordées par les États. Ainsi, Airbus, enregistrée en 1998, mais pensée fin des années 60 et fondé dans les années 70-80, n’aurait pas pu voir le jour actuellement. Créé sur la base de subventions intergouvernementales, désormais contrôlées, le groupe dispose, de plus, sur le marché européen d’une quasi-situation de monopole. Ce sont ces règles de la concurrence qui limitent les manœuvres de Siemens[1] pour acquérir Alstom. En effet, l’opération pourrait se heurter à des questions de cartels et la Commission européenne pourrait vraisemblablement être amenée à lui imposer des cessions, en raison de sa position dominante, sur certains segments des équipements de réseau électrique que le groupe allemand pourrait obtenir.

La coopération entre les gouvernements pourrait également prendre place sur les plans culturel, de la recherche, ou encore scolaire et universitaire, comme Erasmus aujourd’hui, une réussite communautaire à signaler. Cette Europe des peuples, des nations et de projets pourrait, dans certains cas, être élargie à de nouveaux pays coopérant sur la base d’une solidarité historique et géographique : l’Europe. Ce pourrait être le cas de la Russie dans les domaines de la recherche et des programmes d’échange dans l’enseignement supérieur. Une Europe de nations souveraines coopérant autour d’intérêts communs qui s’étendrait de Brest à Vladivostok ! D’un point de vue français cette Europe des nations serait l’un des instruments majeurs de sa politique de puissance au côté de la maritimisation et de la Francophonie.

C’est cette Europe des peuples, des nations et des projets de puissance qu’il nous faut privilégier ! Car sans politique de puissance, nulle indépendance, nulle souveraineté nationale ou indépendance européenne possible. Une Europe, ni des chimères, ni des mythes, mais basée sur des réalités, une Europe s’épargnant les désillusions qui tuent le rêve européen. C’est à ce seul prix que l’Europe sera l’instrument permettant aux nations européennes de renouer avec la grandeur.

C’est pourquoi, le 25 mai 2012, il nous faut refuser d’envoyer au Parlement Européen des technocrates sans vision ni stratégie qui ne feront que prolonger une politique qui n’a que trop durée. Qui peut croire que Jean-Claude Juncker ou Martin Schulz sauront, à la tête d’une commission européenne sans légitimité démocratique, mener à bien cette grande Europe des peuples, des nations et des projets de puissance que nous souhaitons ?

Ne croyons plus les partis ou les hommes politiques qui, quelques semaines avant les élections vous promettent que ce qu’ils soutiennent depuis des années, ils vont le changer !

 

Alexandre Mandil


[1] http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/industrie-lourde/actu/0203465287182-alstom-une-deuxieme-chance-pour-siemens-667106.php

 


[1] http://www.europarl.europa.eu/aboutparliament/fr/0081f4b3c7/Law-making-procedures-in-detail.html

[2] http://news360x.fr/viviane-reding-75-80-lois-nationales-viennent-lue/

[3] http://www.forum-scpo.com/union-europeenne/systeme-institutionnel-separation-pouvoirs-processus-decision-europeen.htm

[4] http://www.leparisien.fr/societe/bruxelles-veut-standardiser-les-chasses-d-eau-de-l-union-europeenne-01-11-2013-3277759.php

[5] http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2014/05/leurope-et-lescabeau.html

[6] http://www.presseurop.eu/fr/content/article/2446601-les-concombres-bien-calibres-c-est-pour-votre-bien

[7] http://www.assemblee-nationale.fr/14/europe/rapdifnet/ri1602.pdf

[8] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/05/15/31001-20140515ARTFIG00296-alstom-de-l-echec-au-sursaut-national.php

[9] http://europa.eu/legislation_summaries/internal_market/single_market_for_goods/free_movement_goods_general_framework/index_fr.htm

[10] http://www.europarl.europa.eu/aboutparliament/fr/displayFtu.html?ftuId=FTU_3.1.6.html

[11] http://europa.eu/legislation_summaries/justice_freedom_security/free_movement_of_persons_asylum_immigration/index_fr.htm

[12] http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=471&langId=fr

[13] http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-doctrine-politique/leuropeenne-thatcher.html

[14] http://www.ladepeche.fr/article/2008/12/29/514362-ue-lance-procedure-contre-edf-abus-position-dominante.html

[15] Sabordage : comment la France se détruit, Christian Harbulot, Bourin Editeur

[16] http://forumdemocratique.fr/2013/07/19/le-mythe-de-lairbus-europeen-par-jean-luc-greau/

[17] http://www.causeur.fr/airbus-europe-allemagne-france-23535.html

[18] http://www.lesechos.fr/20/07/2012/LesEchos/21231-055-ECH_le-plan-calcul–l-echec-d-une-ambition.htm

[19] Sabordage : comment la France se détruit, Christian Harbulot, Bourin Editeur

[20] http://www.euractiv.fr/eu-elections-2014/arnaud-montebourg-denonce-leuro-news-531268

[21] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/05/08/20002-20140508ARTFIG00178-mario-draghi-s-inquiete-de-l-euro-trop-fort.php

[22] http://www.gaullistelibre.com/2014/02/leuro-trop-cher-pour-la-france-et.html

[23] http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/aucun-economiste-n-est-pour-la-fin-150926

[24] http://www.challenges.fr/economie/20120926.CHA1242/les-attaques-contre-l-euro-du-prix-nobel-d-economie-paul-krugman.html

[25] http://www.observatoiredeleurope.com/Stiglitz-les-premiers-qui-quitteront-l-euro-s-en-sortiront-le-mieux_a1710.html

[26] http://www.expansion.com/2013/05/06/economia/1367870531.html

[27] http://www.lecho.be/actualite/economie_politique_international/Amartya_Sen_Tot_ou_tard_la_viabilite_de_l_euro_se_posera_a_nouveau.9354482-3501.art?ckc=1

[28] http://www.contrepoints.org/2012/07/31/92198-milton-friedman-avait-prevu-la-crise-de-leuro

[29] http://www.enquete-debat.fr/archives/le-scandale-de-lomerta-qui-a-pese-sur-maurice-allais-86337

[30] http://www.arretsurimages.net/breves/2014-04-10/Bernard-Maris-pour-la-sortie-de-l-euro-Charlie-Hebdo-id17245

[31] http://www.presseurop.eu/fr/content/news-brief/735051-la-solidarite-par-le-transfert-de-richesse

[32] http://russeurope.hypotheses.org/453

[33] http://www.marianne.net/C-est-le-pompon-_a238170.html

[34] http://www.fondation-res-publica.org/Sauver-l-euro-par-une-monnaie-commune-et-non-unique_a685.html

[35] http://fr.ria.ru/tribune/20121119/196660519.html

[36] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/04/15/il-pourrait-changer-la-face-de-l-europe-le-traite-transatlantique-decode_4399476_4355770.html

[39] http://www.liberation.fr/economie/2013/06/24/barroso-et-la-france-signent-leur-desaccord_913453

[42] http://ec.europa.eu/avservices/avs/files/video6/repository/prod/photo/store/9/P024949000302-728059.jpg

[43] http://alpes.france3.fr/2014/02/09/en-votant-non-contre-l-immigration-la-suisse-sort-de-l-espace-schengen-412069.html

[44] http://www.marianne.net/En-plein-espace-Schengen-le-Danemark-revient-aux-frontieres_a208173.html

 


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Walter_Hallstein

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Vote_des_pleins_pouvoirs_constituants_%C3%A0_Philippe_P%C3%A9tain

[3] http://www.agoravox.tv/actualites/europe/article/garaud-jean-monnet-etait-un-agent-39184

[4] http://www.comite-valmy.org/spip.php?article516

[5] http://www.upr.fr/actualite/europe/la-cia-finance-la-construction-europeenne

[6] Zbigniew Brzezinski est un ancien conseiller à la sécurité nationale de la présidence des Etats-Unis Jimmy Carter, expert fort écouté du Center for Strategic and International Studies, membre du très influent Council on Foreign Relations.

[7] Le Grand Échiquier (1997), Zbigniew Brzeziński

[8] http://www.cvce.eu/obj/preambule_a_la_loi_portant_ratification_au_traite_de_l_elysee_bonn_15_juin_1963-fr-cb4f6630-4187-436a-922b-f14f13a2ea2e.html

[9] C’était de Gaulle, Alain Peyrefitte, Broché

 


[1] http://blogs.mediapart.fr/blog/poj/100713/jose-manuel-barroso-un-conflit-dinteret

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