Non, le retour annoncé de Sarkozy n’est pas le vol de l’Aigle

A peine 2012 passé depuis deux ans que déjà les médias et hommes politiques ont les yeux rivés sur 2017. Lorsque certains en sont réduits à implorer la providence d’inverser la conjoncture économique permettant ainsi une hypothétique remontée dans les sondages du « champion normal », d’autres attendent fidèlement le retour de leur homme providentiel, leur héro, celui qui ne les décevra jamais. Et voila qu’aujourd’hui il revient. Tous agitent brillamment le spectre d’une Marine Le Pen qui arriverait à dépasser les 50% des voix. Le retour de Sarkozy serait dès lors, pour une partie de la droite, un nouveau vol de l’Aigle revenant de l’Ile d’Elbe afin de sauver la France du socialisme et du fascisme.

Il convient alors de rappeler qu’à son retour de l’Ile d’Elbe, Napoléon Bonaparte avait déjà réformé en grande partie la France, du baccalauréat, des lycées et de Saint Cyr, à la bourse de Paris, la banque de France et autres chambres de commerce en passant par le Code civil, la Cour de cassation et les cours d’appels.

Rappelons également qu’en cas de retour en 2017, Sarkozy en serait à son second quinquennat, lui-même précédé de cinq années de gouvernement UMP. D’où cette interrogation que le peuple français pourrait légitimement se poser : Qu’a donc fait la droite en 10 ans quand en 11 ans Thatcher a totalement réformé un Royaume-Uni que l’on croyait fini  et lorsque 6 ans ont suffi à Schröder pour appliquer les réformes qui font l’Allemagne d’aujourd’hui ? Bien évidemment, les réformes de Thatcher et de Schröder sont critiquables, mais le fait est là, de profondes réformes ont été menées.

Naturellement, en 10 ans, quelques réformes sont bien à mettre au crédit du principal parti de droite français. La réforme de l’autonomie des universités en est une, de même que la médiation en Géorgie et la Présidence de l’UE de 2008 furent de franches réussites. Mais en 10 ans, que d’occasions manquées, que de réformettes mal ficelées… Et si nier la crise serait une ineptie, force est de constater qu’elle est moins la cause de la situation de la France, qu’un phénomène aggravant. Dès lors, le bilan des dix ans de droite qui seront vraisemblablement suivies de 5 ans de catastrophes de gauche pourrait être résumé ainsi :

  • Absence des réformes structurelles que d’autres pays comme l’Allemagne ont su faire avant la crise ;
  • Explosion de notre dette, croissance faible, augmentation de la dépense publique et déficit de notre balance commercial abyssal (depuis 2004) aggravés mais non causés par la crise ;
  • Absence d’une vraie stratégie industrielle et économique de la France et désintérêt flagrant concernant l’Intelligence économique et les politiques de protection de l’information technologique ;
  • Dix ans au pouvoir sans parvenir à revenir sur les 35 heures ;
  • Création de très nombreuses taxes, en particulier sous Nicolas Sarkozy sur tous les secteurs d’activités, dont les assurances, les voitures,  le tabac, l’alcool, les sodas, l’intéressement et la participation, les nuitées d’hôtel, les banques, l’immobiliers etc., qui ont coûtées des milliards d’euros aux contribuables et dont vous trouverez le détail ICI ;
  • Réformes des retraites à minima nécessitant d’être refaite tous les 2 ans ;
  • Augmentation importante de l’immigration légale par rapport au gouvernement Jospin avec un pic atteint en 2005 ;
  • Insécurité ressentie en hausse, politique de remise de peine généreuse, très faible taux d’application des peines et situation carcérale dégradée caractérisé par peu de prisons construites ;
  • Réformes de l’éducation également a minima et inefficace, refus de revenir sur l’échec du collège unique, niveau scolaire dramatiquement en baisse et retrait de pans entiers de notre histoire dans les manuels scolaires ;
  • Référendum européen de 2005 perdu puis lamentablement bafouée en 2007 avec le Traité de Lisbonne ainsi que louvoiement constant entre Fédéralisme européen incomplet et simulacre de souverainisme français ;
  • Retour dans l’OTAN sans consultation des français et démantèlement continu de notre appareil militaire ;
  • Absence de vrai politique d’accroissement de puissance et de rayonnement culturel ;
  • Diplomatie hésitant entre ingérence droit de l’hommiste et real politique avec pour conséquence la catastrophe de l’intervention en Libye qui a conduit plus ou moins directement au Mali;
  • Échec à reprendre le pouvoir auprès des juges et des médias et à lutter contre le politiquement correct tout en ayant toujours à cœur d’être au sein du « cercle républicain et morale » tracé par la gauche.
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Des lors, force est de constater qu’à de trop nombreuses reprises, l’UMP, l’alliance de la droite gaulliste et du centre droit fut un triste mélange d’électorat de droite, de discours et de programmes de droite, et d’actions centristes. Et pourtant, l’UMP n’est pas la gauche. Il ne s’agira pas de tomber dans le piège de la stratégie électorale du Front National. Il lui manque à cette fin, la volonté de détruire les fondements traditionnels de la France, ses valeurs, son histoire. Il lui manque également sa capacité à faire fuir les investisseurs et les entreprises. Par ailleurs, Sarkozy possède indéniablement les qualités d’un chef : une aura, un charisme certain, une personnalité forte et un volontarisme à toute épreuve. Mais pour revenir, encore faudrait-il que du fond soit ajouté à la forme, en s’inspirant, pourquoi pas, de l’exemple Hongrois, ancien empire auréolé de prestige.

Ministre-Président de centre droit de 1998 à 2002 à l’âge de 35 ans, Viktor Orbán  a radicalement changé de son aveux même suite aux élections législatives perdu de 2002 et à son retour triomphant en 2010, obtenant au passage les deux tiers des sièges à l’Assemblée :

  • Profitant de cette majorité, le 25 avril 2011, l’Assemblée nationale a adopté une nouvelle constitution, la Loi fondamentale de la Hongrie (et non plus « République de Hongrie ») faisant référence aux racines chrétiennes, à  « l’histoire millénaire » du pays,  à l’affirmation du mariage et de la protection de la vie dès son commencement (sans pour autant interdire l’IVG) et accordant la nationalité hongroise aux minorités magyares situées hors du territoire national. La Constitution rend également rétroactivement responsables des crimes communistes commis jusqu’en 1989, les dirigeants de l’ancien parti communiste rebaptisé parti socialiste. Au niveau institutionnel, la banque centrale s’est vu accorder un droit de veto sur le budget de l’État, le président obtenant le pouvoir de dissoudre l’Assemblée dans cette hypothèse.
  • Parallèlement à la nouvelle Constitution, un nouveau Code civil, un nouveau Code pénal et un nouveau Code du travail ont été instauré, nécessitant la promulgation de plus de 2 000 lois et décrets en trois ans.
  • Au plan économique, Orban a réduit de 5 % le nombre de fonctionnaires, réduit à 8 le nombre de ministères, divisé par deux le nombre de députés et interdit au ministres de verser des primes aux hauts fonctionnaires tant que le budget du pays est en déficit. Sa politique s’est également caractérisée par un rejet des conditions du FMI et par une réduction des déficits publics en dessous des fameux 3 % du PIB.
  • Il a pour ce faire, réduit les subventions publiques, augmenté les taxes sur les grandes entreprises multinationales et les banques, élargi la base des contribuables qui sur 10 millions d’habitants sont passé de 1,8 million à 4 millions de contribuables tout en faisant inscrire dans la loi fondamentale le taux unique de 16% de l’impôt sur le revenu.
  • Sur le plan européen, il s’est opposé aux recommandations de l’UE demandant d’augmenter une nouvelle fois les prix de l’énergie pour rendre le marché plus libéral et la concurrence plus libre, en instaurant un système de régulation des prix afin de limiter les coûts pour les consommateurs. En outre, il a refusé de céder aux demandes de l’UE de changement du système fiscal et de l’appareil judiciaire hongrois répondant aux cris d’orfraie européen courroucé qu’un Etat ose faire montre de souveraineté : « nous n’acceptons pas les leçons de démocratie que vous prétendez nous donner ».
  • Enfin, sur le plan national, V. Orban milite activement pour un rapprochement stratégique des nations européennes avec la Russie, assurant que « les Hongrois se sont opposés à Staline, pas à Tchaïkovski! ». Alors que de nombreuses personnalités européennes le nomment « Viktator », l’accusant même de mettre en place une « démocrature », un sondage réalisé courant janvier 2013 lui promettait 48 % du soutien de la population, contre 18 % aux socialistes et 15 % aux nationalistes du parti Jobbik. Des sondages qui pourrait rendre envieux notre Président.
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S’il est certain que nombres de réformes d’Orban, comme ce fut le cas pour Schröder, Thatcher et même jadis Bonaparte sont et furent controversées, il n’en demeure pas moins que la France a besoin, plus que jamais, d’un réformateur courageux n’ayant pas peur d’assumer l’héritage historique et culturel de la France, à la fois libéral et attaché à la puissance de l’Etat. Pourrait-ce être Nicolas Sarkozy ? J’en doute, mais « vivre sans espoir, c’est cesser de vivre » disait Fiodor Dostoïevski.

 Alexandre MANDIL

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