Pourquoi ne pas revenir au modèle économique français ?!

Depuis 2008, un reniement de modèle s’est opéré dans le cerveau de nos élites. Admiratives depuis longtemps du modèle américain et anglo-saxon pour la droite, et du modèle de la sociale démocratie scandinave pour la gauche, c’est aujourd’hui le modèle allemand qu’elles plébiscitent. Désormais, droite comme gauche s’en réfèrent au modèle Allemand, mais pour de différentes raisons.

Force est de constater que la crise financière de 2008 a fait exploser en vol le modèle anglo-saxon basé sur l’endettement massif des personnes privées et une forte consommation des ménages chère à la droite libérale. Le modèle espagnol prônant également la consommation grâce à l’endettement et la spéculation immobilière n’en a pas mieux résisté. Quant à lui, le modèle de la social-démocratie a également été mis à mal par une autre crise, celle de 2010-2011 et des dettes souveraines. Celle-ci a fait ressortir la nécessité que représente une gestion saine de ses dépenses et  un équilibre budgétaire. Le modèle allemand s’empresseront de dire certains.

Celui-ci est un mélange de politique monétaire, règle d’or budgétaire, TVA sociale répartie entre remboursements de la dette et incitation anti-délocalisation, déflation compétitive, accord de compétitivité par entreprise, partenaires sociaux puissants et respectés, chômage partiel massif payé par l’État et spécialisation industrielle sur les produits à très haute valeur ajoutée. En effet, l’exportation et l’industrie sont au cœur de ce modèle et favorisent un excédent commercial important.

Sur tous ces critères, la France présente un portrait inverse : déficit commercial, économie dominée par les services et croissance basée sur la consommation des ménages. La désindustrialisation initiée sous Jospin s’est accélérée lors du précédent mandat de Nicolas Sarkozy.

La solution parait simple : imiter l’Allemagne. Et pourtant, à bien y regarder, tout n’est pas si simple.

Être en déficit commercial et importer n’est pas un mal en soi. Le Luxembourg importe presque tout, et est pourtant l’un des pays les plus riches d’Europe. Les États-Unis sont en déficit commercial chronique, et c’est le pays où l’économie de l’innovation est la plus florissante. La Grande-Bretagne a retrouvé une part de sa puissance grâce aux services financiers. Bien sûr, la crise vient relativiser cela, mais n’en demeure pas moins que les exportateurs n’existent que parce qu’il y a des importateurs.

À l’inverse, le modèle allemand comporte de nombreuses imperfections. L’industrie allemande est puissante seulement parce que ses voisins consomment. Elle doit son succès économique des dix dernières années à une zone euro dont la politique monétaire est purement et simplement au service de l’Allemagne (Ainsi que des Pays-Bas et de la Finlande). Il se dit à Bruxelles, de manière il est vrai quelque peu caricatural, que les Grecs, grâce à l’euro, ont pu s’endetter et acheter de grosses berlines allemandes.

Par ailleurs, la compétitivité allemande à l’export a été obtenue grâce à une politique nationale concertée de pression sur les salaires. Salaires bas,  contre emplois : les patrons comme les syndicats y gagnent. C’est moins le cas pour les classes ouvrières et moyennes allemandes qui ont vu elles leurs revenus stagner depuis dix ans et les courageuses, sans ironie, réformes de Schröder.

De plus, au-delà de l’économie, l’Allemagne a encore de quoi faire. Sa diplomatie, comme son armée, bien que progressant de jour en jour reste faible eu égard à son poids économique.  La culture subit d’importantes coupes budgétaires et sa démographie déclinante est la chance de la France.

Alors quel modèle pour la France ? Qui imiter ? Qui copier ? Et pourquoi pas notre propre modèle français ?

Le modèle économique français est depuis longtemps basé sur le colbertisme et le protectionnisme. Le colbertisme est une variante française du mercantilisme qui consiste à développer la richesse nationale, en adoptant des politiques pertinentes de nature défensive (protectionnisme), mais aussi offensive (exportation et industrialisation).

Barthélemy de Laffemas, contrôleur général du commerce d’Henri IV à partir de 1602 en fut un grand artisan en encourageant le commerce, le développement des infrastructures et celui des manufactures.

Il fut le maitre à penser de Jean-Baptiste Colbert qui sous le contrôle de Louis XIV n’aura de cesse de donner une indépendance économique et financière à la France. Pour lui, l’État doit contrôler les finances, la monnaie, les corporations et les fabrications. Son impératif est de rendre la balance commerciale française excédentaire et d’accroître le produit des impôts afin de disposer d’un budget équilibré. Il veut importer des matières premières bon marché pour les transformer en produits de qualité qui pourront se vendre plus cher grâce à une puissante marine, de puissantes compagnies commerciales et de grandes manufactures avec monopole. Colbert disposait il est vrai d’une vision à très long terme : il notamment fit planter des forets pour la construction navale, afin que les navires du royaume aient des mâts en l’an deux mille !

Par ailleurs, il décide de copier les productions des États voisins pour rendre la France indépendante de leurs fournitures, n’hésitant pas à débaucher des ouvriers étrangers pour former les ouvriers des manufactures françaises. Ce que fit plus tard Napoléon Bonaparte pour rattraper rapidement le retard industriel pris par la France lors de la révolution.

La politique de Colbert, méticuleusement menée par l’État, se résume par la mise en place d’un protectionnisme qualifié «d’éducateur» et exclusivement industriel, l’octroi de subventions à l’exportation, la mise en place de commandes publiques, un développement contrôlé des colonies entièrement dépendantes de la métropole, le développement des industries du Luxe et une priorité donnée à la qualité.

Le modèle français, ringard à l’heure de la mondialisation ?

Loin d’être une curiosité historique, ou d’être « ringarde », n’en déplaise à certains de nos dirigeants, cette politique constitue le modèle économique français dont nombre de puissances actuelles s’inspirent, les États Unis en tête. Ce pays bien que libéral concernant le commerce intérieur est totalement mercantiliste et protectionniste s’agissant de son commerce extérieur. Mais il néanmoins fait l’erreur de ne pas enrayer sa désindustrialisation.

Notons que la puissance économique française reste basée principalement, industrie du luxe mise à part, sur des industries de pointe, comme le secteur aéronautique, le TGV, le nucléaire, la défense ou le spatial.  Nos dirigeants, qui paradoxalement semble le renier, et nous-mêmes, vivons encore sur cet héritage. Un héritage qui date des derniers Présidents colbertistes que furent le Charles De Gaulle et George Pompidou. Grâce à des plans stratégiques visionnaires, et la constitution de champions nationaux, l’Industrie française sut renaitre après la guerre.  Dès 1966, le Général De Gaulle lança par exemple le Plan Calcul destiné à développer une industrie nationale informatique et d’en faire un élément d’une future industrie informatique européenne. Devenant un programme européen, il fut par la suite un échec devant la réticence des États européens à le financer et la médiocrité de nos dirigeants. En outre, De Gaulle comme Pompidou, eurent à cœur de léguer à leur successeur une dette faible et un budget équilibré. Nicolas Sarkozy, n’ignorant rien de la réussite passée de ce modèle, tenta parfois de s’en inspirer. Mais attaché au système mondialiste et au libre échangisme européen, il n’eut pas la volonté d’aller au bout de ce que ces conseillers lui soufflaient à l’oreille. Small Business Act, buy european act, fonds d’investissement, les thèmes furent abordés mais manquait un outil essentiel pour les mettre en œuvre : notre souveraineté.

Il peut dès lors sembler proche du modèle allemand par sa recherche d’excédents commerciaux et sa rigueur budgétaire. Et pourtant, le modèle français utilisa régulièrement la monnaie pour doper sa compétitivité en dévaluant. Par ailleurs, à la stagnation des salaires allemands, solution optimale dans une Europe ouverte, le modèle français tablait sur une dose de protectionnisme pour protéger son marché intérieur.

Ainsi, le modèle économique français se distingue à la fois du libéralisme économique classique et du socialisme au profit d’une économie orientée par l’État en vue d’un développement volontariste reposant sur la planification, l’aménagement du territoire, les grands projets publics, la liberté d’entreprendre, mais aussi  une protection sociale avancée, ainsi qu’une participation aux bénéfices, aux décisions et à la propriété de l’entreprise. De même, la planification économique (plans quinquennaux), contrairement à l’URSS, est gérée par l’État en coopération avec le privé.

Enfin ce modèle privilégie le plus souvent un conservatisme sociétal mais couplé à un progressisme technologique et une croyance sans faille dans le génie humain glorifiée notamment par Jules Verne et incarné pas tant de scientifiques et d’ingénieurs français depuis des siècles.

Notons pour finir que suite à la crise, le journal « The Economist »  titrait : « Jean-Baptiste Colbert est de retour à Paris », constatant une meilleure résista fnce à la crise des glorieux restes du modèle français.

 

Alexandre Mandil

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