L’expansion: « La vérité sur l’indépendance de la France »

Des secteurs stratégiques de notre économie dépendent de plus en plus de fournisseurs étrangers. Une réalité qui remet en question la sacro-sainte souveraineté française.

Les présidents français adorent les grands sommets internationaux. Surtout quand ils peuvent bomber le torse, vanter la grandeur et la liberté de parole de la France, enfilant au passage des habits gaulliens. A Chicago, en mai dernier, lors du sommet de l’Otan, François Hollande, fraîchement élu, s’en est donné à coeur joie. Confirmant le retrait des troupes françaises combattantes d’Afghanistan, le chef de l’Etat a abattu la carte de la souveraineté non négociable pour justifier sa décision. « Parce que nous sommes la France », a-t-il rétorqué à un journaliste qui l’interrogeait sur les raisons de ce départ précipité. Reste que l’uniforme du Général s’est vite révélé trop grand, ou plutôt un brin élimé. Pour rapatrier les blindés français à Noël, comme promis, l’armée est aujourd’hui obligée de louer en catastrophe – et à prix d’or – des avions-cargos à l’Ukraine, tout simplement parce qu’elle n’en possède plus aucun.

Et si le président français se permet encore de plastronner à Chicago, il fait le dos rond à Bruxelles quand il s’adresse aux tyranniques marchés. Comment expliquer autrement l’entêtement quasi obsessionnel du gouvernement à vouloir ramener coûte que coûte le déficit public à 3 % du produit intérieur brut l’année prochaine? Un calendrier suicidaire qui risque de plonger le pays dans la récession. « C’est la condition sine qua non pour conserver la confiance de nos bailleurs de fonds et pour continuer à s’endetter à très bon marché », explique-t-on très justement dans l’entourage du ministre du Budget, Jérôme Cahuzac. Alors, le chef de l’Etat peut toujours faire rêver sur la souveraineté de la France, la réalité est bien différente : c’est une France vulnérable qui tente vainement de faire entendre sa voix sur une scène internationale où les conflits économiques sont de plus en plus nombreux et virulents.

La France désindustrialisée à la merci de ses fournisseurs

Dans la plupart des secteurs stratégiques, de l’énergie à la santé en passant par la défense, par la sécurité informatique ou par l’alimentation animale, l’économie française dépend aujourd’hui d’approvisionnements réalisés hors d’Europe. Quelque 95 % des terres rares, ces métaux très spéciaux indispensables aux technologies du futur, comme l’éolien ou les batteries électriques, viennent de Chine. Et Pékin ne se prive pas de souffler le chaud et le froid, brandissant au gré de ses humeurs la menace du rationnement. Dans l’énergie, l’indépendance acquise grâce au nucléaire est toute relative : la totalité de l’uranium qui sert à alimenter les centrales est importée de l’étranger, la dernière mine française ayant fermé ses portes en 2001. La désindustrialisation a laissé la France à la merci de ses fournisseurs. Dans la santé, on estime que 80 % des principes actifs commercialisés en Europe sont produits dans deux pays – la Chine et l’Inde -, contre seulement 20 % dans les années 90.

« Les élites françaises ne raisonnent plus depuis longtemps en termes d’indépendance stratégique, à la différence de ce qu’on observe en Chine ou aux Etats-Unis« , déplore Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique. Quand, en 1944, le général de Gaulle restaure l’indépendance de la France « avec quelques débris de forces et quelques bribes de fierté nationale », la souveraineté se gagne par l’éloquence du verbe et par des places de choix dans les institutions internationales.

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