Les américains écouteraient les dirigeants français… vraiment ?

CaptureUne nouvelle fois, les écoutes américaines en Europe (et dans le monde) font la une. Une nouvelle fois, nous sourions. Ces écoutes, n’illustrent en rien une éventuelle « méchanceté » des Américains, mais démontrent, au contraire, la soumission et l’absence de vision stratégique de nos dirigeants.

Avant même les révélations du courageux Snowden en 2013, l’École de Guerre économique enseignait que toutes les conversations étaient écoutées et que des moyens plus ou moins fiables existaient et devaient être utilisés lors de la transmission d’informations sensibles. Cette réalité, les services de renseignement européens (au moins français) la connaissent depuis de nombreuses années. Immanquablement, nos dirigeants aussi. Preuve en est le rapport du Parlement européen de 2001 déclarant que « dans l’Europe toutes les communications e-mail, téléphone et de télécopieur sont régulièrement interceptés » par la NSA. Ou encore les déclarations du gouvernement australien en 1999 reconnaissant faire partie du programme d’interception et de surveillance mondiale de la NSA appelé Echelon en alliance avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui permet d’écouter « chaque appel international de téléphone, fax, e-mail, ou transmission radio » sur la planète.

Néanmoins, les États-Unis d’Amérique sont-ils les seuls à espionner le monde et à provoquer de petites crises diplomatiques en Allemagne, au Mexique, au Brésil et dans d’autres pays ? La Russiela Chine, l’Allemagne (parfois pour le compte des USA) espionnent aussi. Et la France n’est évidemment pas en reste, elle qui dispose de l’un des meilleurs réseaux diplomatiques au monde et a élaboré un petit (mini?) programme « échelon » baptisé « Frenchelon », son système espionnage des télécommunications dans le monde. La DGSE & Co n’est certes pas la NSA (le budget de l’ensemble des services de renseignement américains est supérieur à celui de l’armée française !), mais n’a pas à rougir face aux autres services de renseignement étrangers. Et heureusement, car c’est une marque de puissance que de disposer des moyens nécessaires à faire respecter la raison d’Etat. Les problèmes se situent davantage dans la capacité de ces Etats à écouter leurs propres concitoyens, ce que les experts français les plus avertis (experts du numérique, avocats, magistrats, journalistes, CNIL…) craignent justement au sujet de la Loi Renseignement définitivement adoptée le 24 juin 2015.

Ainsi, les révélations de l’affaire Snowden mentionnant le fait que les services de renseignement américain (la NSA surtout) interceptent depuis des années des centaines de millions d’enregistrements sur toute la planète, y compris les conversations de nos dirigeants (Chancelière allemande, Président français…),  ne sont pas nouvelles, mais ont permis d’en préciser la portée (gigantesque) et… d’en apporter la preuve au monde entier.

Que nos rivaux (et non alliés ou ennemis) américains aient, par exemple, recours au chantage à l’encontre de responsables économiques et politiques européens grâce aux informations sensibles/personnelles recueillies, cela n’a rien d’un scoop. Il s’agit d’une pratique courante aussi vieille que l’existence des services de renseignement. N’en demeure pas moins que nous en avons désormais la preuve.

Là se trouve le point important. La règle d’or dans ce milieu du renseignement est qu’il n’existe pas de règle. Tuer, voler, manipuler, espionner, torturer même, les services de renseignement le font sans se priver. Reste que de l’affaire du Rainbow Warrior aux révélations Wikileaks/Snowden, l’important est de ne JAMAIS se faire prendre.

Dès lors, la première faute de nos dirigeants est donc une faute diplomatique et stratégique. Cette affaire aurait du, de manière la plus hypocrite qu’il soit, ce qui est toujours le cas en relations internationales (voir les nombreux intérêts français en Irak avant 2003 justifiant notamment le fougueux discours de Dominique de Villepin à l’ONU), être mieux utilisée par les nations européennes contre les Américains. Utilisée pour négocier à notre compte voire simplement repousser, les accords de libre-échange, par exemple. Mais également pour ne pas céder face aux injonctions américaines dans d’autres dossiers, à l’instar de la vente des Mistral par exemple.

La présidence, le premier ministre et le parti socialiste français ont réagi, certes, mais mollement comme ils l’ont déjà fait à plusieurs reprises, et surtout sans donner suite. En vérité, s’ils réagissent de la sorte, ce n’est pas pour recourir à cet instrument de pression bien utile pour une diplomatie offensive, mais pour sauver les apparences devant nos concitoyens. En effet, force est de constater que déjà, en décembre 2014, la presse généraliste française était au courant de ces écoutes. Que pensaient-ils que cette station d’écoute sur le toit de l’ambassade américaine installée à quelques centaines de mètres de l’Élysée faisait ? Comment peuvent-ils aujourd’hui oser faire croire qu’ils ne l’apprennent seulement que maintenant ?

Leur réaction auraient du être ferme et immédiate, dès les premières révélations de Snowden, comme ils l’auraient fait (le font) s’il s’était s’agit des Russes. Imaginons ensemble les unes indignées (à juste titre) des journaux dépeignant un Poutine sur fond sombre associé à des titres reprenant les mots « danger », « menace » etc. Ou comme l’aurait fait un Général de Gaulle, par de grands gestes à la tribune des Nations-Unies, afin de montrer, théâtralement, aux autres nations que la France est une puissance souveraine non alignée. Ou encore tel un Maurice Couve de Murville claquant magistralement la porte des négociations du TAFTA. Hypocrite pour un esprit averti, il convient de le reconnaître, mais formidable instrument de pression à la face du monde.

Peut être ces affaires ne suffisent t-elles pas ? Qu’à cela ne tienne, notre diplomatie aurait également pu invoquer les réseaux Gladio en Europe, le prétexte du Golfe du Tonkin pour attaquer le Vietnam, le rôle de la CIA dans l’Opération AJAX en Iran ou encore le culotté mensonge de Colin Powell à la face du monde en 2003 au sujet des armes de destruction massive en Irak. Et nous ne parlons ici, car c’est le sujet, que des Etats-Unis, mais ils ne sont bien évidemment pas seuls.

Cette faute stratégique, c’est-à-dire l’incapacité de notre diplomatie à utiliser ces failles américaines, est très révélatrice d’une seconde faute de nos dirigeants depuis 1969 (ou au moins depuis 2003) : leur soumission éhontée à l’ordre Otanien.

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