Présidentielle 2012: Le suffrage universel direct ou l’impuissance de l’expression de la souveraineté populaire

Aujourd’hui, 22 avril 2012, les Français sont appelés dans les 85 000 bureaux de vote afin d’exprimer leurs suffrages. La participation, bien qu’inférieure à 2007, semble excellente. Toutefois, la campagne a été jugée décevante et inintéressante par une majorité de Français. Comment dès lors, expliquer leur déplacement ? Conjoncture gravissime ? Volonté de changement ? Anti Sarkozysme ? Ce qui est certain, c’est qu’aucun candidat, à l’exception peut-être de Mélenchon dans les médias et Marine Le Pen au sein des couches populaire, ne semble recueillir une véritable adhésion.

Nicolas Sarkozy devrait probablement finir son mandat avec la pire cote de popularité qu’un président en exercice ait eue. François Hollande bénéficiera certainement de l’anti-Sarkozysme, mais ne fait rêver personne. Candidat par défaut suite à « l’affaire DSK », n’a pas, sans en être dénué totalement, le charisme nécessaire à l’incarnation du « monarque républicain ». Marine Le Pen, en choisissant de parler économie pour dédiaboliser son parti demeure isolée politiquement, Mélenchon pour sa part, malgré sa brillante médiatisation, reste le dépositaire du parti communiste sans lequel il n’est rien. Quant aux petits candidats, ni le manque d’espoir du programme trop réaliste de Bayrou, ni la froideur d’Éva Joly, le manque de Charisme de Nicolas Dupont Aignan, la colère de Nathalie Arthaud, la désinvolture de Philippe Poutou, ou l’excentricité de Jacques Cheminade n’ont su convaincre les Français.

Mais le fait est que les Français savent que la situation du pays est grave. La crise, et le rejet de la personnalité de Sarkozy sont s’en doute à l’origine de cette participation honorable. Une fois de plus, les Français espèrent voir leur vote changer les choses.

Le Général de Gaulle voyait en la démocratie la rencontre entre un homme et un peuple. C’est pour cela qu’il a œuvré à la mise en place dès 1962 de l’élection du Président de la République française au suffrage universel direct. L’élection de 1965, sera la deuxième élection au scrutin direct après celle de 1848 remportée par Louis Napoléon Bonaparte. Dépositaire d’un statut et de pouvoirs importants, c’est devant le peuple seul qu’il est légitimé et qu’il peut voir sa responsabilité engagée. Le Général de Gaulle espérait ainsi donner à la France les moyens de son destin faisant une sorte de synthèse de la monarchie, de l’Empire et de la République. Conscient que c’est sous un régime fort que la France fut glorieuse, il n’a eu de cesse de travailler à rendre à la France son rang sur la scène internationale.

Malheureusement, l’élection au suffrage universel direct du Président de la République, et le pouvoir et la légitime qu’elle lui confère n’ont pas su empêcher une tragique réalité. Depuis 1974 et l’élection de Valery Giscard d’Estaing, aucun président de la République n’a laissé la France dans un meilleur état que celui dans lequel il l’a trouvée. Et pas seulement concernant la dette, mais également au niveau de l’éducation, de la recherche, de notre rang dans le monde etc.

Les crises de 73 et plus encore en 2008 ont conduit la France pour ne pas tomber en récessions à aider considérablement son économie en ayant recours à l’emprunt. Cela explique l’augmentation de la dette publique sous Sarkozy et ce qui est, il faut le rappeler, l’une des plus grandes crises économiques depuis 1929. Mais la crise n’explique pas tout. Depuis 1974, tous les budgets ont été déficitaires. Certes, sous Jospin, la dette en pourcentage du PIB a baissé grâce à la croissance mondiale. Mais il ne faut pas oublier que la dette publique a malgré tout augmentée passant de 712ma € à 912 en 2002. Pendant ce temps, l’Allemagne soufrant de forts problèmes de compétitivité lançait ses grandes réformes, gouvernée par le socialiste Schröder, en faisant un choix politique de droite libéral: améliorer la compétitivité de l’économie allemande en jouant sur la qualité des produits allemands et sur un gel des salaires. L’Allemagne est une puissance industrielle exportatrice, mais la précarité de l’emploi y est forte.

La vérité est que depuis 1974 nos dirigeants ont pensé et délégué notre souveraineté. À l’OMC, à l’UE, à l’OTAN. Mitterrand en son temps s’était désigné comme le dernier président français, car les suivants, disait-il, ne seraient que de simples gestionnaires n’incarnant pas les valeurs du peuple et de la Nation.

Quel candidat veut le changement ? Qui est révolutionnaire? Sarkozy et Mélenchon veulent un protectionnisme européen. Il n’aura jamais lieu. Au regard de leur balance commerciale, les Allemands n’y ont pas intérêt. Aucun des grands candidats ne veut sortir de l’euro (à tort ou à raison, les économistes ne sont pas unanimes). Le fait est que 80% de nos lois proviennent de directives européennes. Même notre politique migratoire dépend de conventions internationales et d’engagements européens réglementant le regroupement familial ou encore les conditions d’accueils des étrangers et des clandestins.

Économiquement, quasiment tous ces candidats feraient la même chose. Ils veulent (encore une fois à tort ou à raison, nulle ne le sait vraiment) rester à l’OMC, rester dans l’UE et bénéficier du parapluie militaire américain. Or, rester dans un système implique, et c’est logique, de respecter des règles, pour ne pas avoir d’influence néfaste sur ses voisins. L’austérité sera mise en œuvre, la règle d’or sera instaurée. Sarkozy veut la rigueur. Hollande veut la rigueur juste. Mélenchon veut le SMIC à 1700€, mais veut régulariser tous les sans-papiers alors même qu’ils pèsent à la baisse sur les salaires des Français.

Le social est tributaire des moyens dont on dispose. Il y aura des mesurettes plus ou moins importantes à gauche ou à droite, mais lorsque l’on ne contrôle ni sa monnaie, ni son budget, il est impossible de lancer de grandes réformes sociales.

Reste le sociétal. L’avantage, est que les mesures sociétales ne coûtent rien, mais sont efficace médiatiquement parlant. Là se fera la différence. Mariage et adoption par les homosexuels, libéralisation de/des sans-papiers, retrait de mots de la constitution, création de commissions, d’organisations d’institutions  de contrôle, de protection ou d’enquête. Souvent inutile pour la France, pour la majorité des Français, mais utile pour la minorité concernée.

Alors, prenons l’histoire. Qu’est-ce qui a fait notre puissance, notre gloire. Qu’est-ce qui outre la démographie fait globalement la puissance de nombre de puissances actuelles où en devenir ?

  • En économie: Ni la gauche, ni la droite libérale, mais le mercantilisme/colbertisme consistant logiquement à importer le moins possible, exporter le plus possible. Pour ce faire, un État interventionniste, stratège, doit définir une stratégie sur plusieurs décennies, malheureusement impossible avec un quinquennat. L’État doit protéger sa production sur son territoire et donc ses emplois, et soutenir ses entreprises à la conquête de parts de marchés internationaux pour assoir et accroitre sa puissance.
  • Politiquement, un État stratège ne peut être le fait que d’un pouvoir fort et totalement souverain, comme ce fut le cas petit à petit par la volonté de Philippe Auguste, puis François 1er, Henir IV, Richelieu, Louis XIV et Colbert, Napoléon, Louis Napoléon Bonaparte, de Gaulle et Pompidou. Certaines nations ont une culture fédéraliste ou décentralisée, mais l’histoire de la construction de notre pays, la monarchie, la révolution et l’empire font de la France un État résolument centralisé et bénéficiant d’une puissance administration. Ce qui n’empêche pas le processus déconcentration (radicalement différent de la décentralisation). La priorité doit aller à l’intérêt supérieur de la nation: indépendance et souveraineté territoriale, politique, économique, monétaire, énergétique, militaire, culturelle…
  • La priorité doit aller à la protection de notre société. La liberté individuelle doit être protégée par le droit de propriété, la liberté d’expression, de déplacement, etc, mais ne doit pas systématiquement primer. La natalité doit être encouragée, une immigration doit persister, mais demeurer raisonnable et contrôlée, comme cela fut le cas dans notre histoire, et comme le font les autres nations de la planète. Par ailleurs, le modèle de l’assimilation qui nous a permis d’assimiler des millions d’immigrés, mais que l’on a renié depuis les années 70-80 au profit de l’intégration doit être réinstauré face à l’échec de cette dernière.
  • Concernant la culture et l’éducation, la France ne doit pas oublier que la méritocratie, le travail et l’élitisme sont nos modèles. La France, le modèle français, n’est pas un modèle de masse comme celui des États-Unis. Dans la lignée de l’Empire romain, c’est par les élites autrichiennes, russes, hongroises ou allemandes que l’Europe parla français. Notre France fut universelle par l’élitisme de son art, de sa musique, et par la formation des meilleures élites du monde grâce à un système éducatif strict et performant.

Alors certes, le monde a changé, mais seule l’Europe a décidé d’être un continent ouvert, faible politiquement allant jusqu’à renier sa puissance, et totalement progressiste.

En attendant, le 6 mai 2012 sera très certainement la date du « sacre » de François Hollande qui comme ses prédécesseurs continuera sur cette voie, non pas du fait d’une éventuelle faiblesse de sa personnalité, mais bien parce qu’il adhère sincèrement à ce système idéologique. Le vote des catégories populaires et périurbaines devra être analysé avec la plus grande attention.

Alexandre Mandil

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