Le Monde: « La sidérurgie a-t-elle un avenir en France ? »

A Florange, la nouvelle ne passe pas. ArcelorMittal s’est engagé à investir 180 millions d’euros dans les cinq ans à venir sur le site mosellan, mais les salariés se font peu d’illusions : les hauts-fourneaux resteront à l’arrêt. Le géant de l’acier a-t-il encore l’intention de maintenir une activité pérenne sur le territoire français ? Echaudés par l’attitude de l’industriel, beaucoup en doutent. Comme le député PS de Moselle, Michel Liebgott, ils craignent que « Florange ne soit que la partie émergée de l’iceberg ». Le groupe, qui possède encore des hauts-fourneaux à Dunkerque et Fos-sur-Mer, s’en défend fermement.

L’ACIER, ANCIENNE GLOIRE FRANÇAISE

La France, qui ne compte plus que pour 1 % dans la production mondiale d’acier(130 millions de tonnes par mois), est passée en vingt ans du 9e au 15e rang mondial. Elle possède pourtant encore quelques cartes à jouer, d’autant que la sidérurgie reste un secteur stratégique pour les autorités. Si la filière ne représente qu’1,9 % de l’emploi industriel, son importance « dans l’économie résulte moins de sa taille que de sa place dans la chaîne de production, comme fournisseur direct ou indirect de l’industrie métallurgique (…), des fabricants de biens d’équipement, de l’industrie du bâtiment (…) et de beaucoup de fabricants de biens deconsommation », souligne le rapport Faure, remis en juillet au gouvernement (PDF).

Le secteur a déjà connu une première agonie dans la foulée du choc pétrolier de 1973. Entraînés par une crise de surproduction inédite, les deux fleurons français de l’époque, Usinor et Sacilor, ont été contraints de fermer des sites-clés. « Difficile aujourd’hui d’imaginer le choc que ça a été dans une industrie qui n’avait jamais perdu d’argent depuis la guerre. A l’époque, les dirigeants disaient que les hauts-fourneaux ‘pissaient de l’or' », note Eric Godelier, professeur à Polytechnique et auteur d’« Usinor-Arcelor » (Armand Colin).

Avant cette crise, plus de 165 000 salariés travaillaient pour la filière. Ils étaient encore 8 500 à Denain, quand les propriétaires décident de fermer l’usine en 1979. Pour limiter la casse sociale, Paris a mis la main à la poche. Un premier plan de préretraite initié par le gouvernement de Raymond Barre est lancé dès 1977. « Plus de 100 milliards de francs d’argent public [15 milliards d’euros] sont déboursés en dix ans », estime Eric Godelier. Obligé de se restructurer, le secteur se modernise en misant sur le haut de gamme. Un pari qui s’est avéré payant, puisque dans les années 1990, l’acier réussit à prendre des parts de marché à l’aluminium. Des accords conclus avec les constructeurs automobiles allemands et japonais favorisent opportunément la reprise.

MITTAL ENDETTÉ

Mais l’explosion de la demande asiatique et notamment chinoise, dans les années 2000, tire à la hausse les prix des minerais de fer et de charbon. Pour sécuriser son approvisionnement en matières premières, le leader français, devenu ArcelorMittal après le rachat d’Arcelor par l’indien Mittal en 2006, investit une part importante des liquidités dégagées par la sidérurgie dans l’acquisition de mines auCanada et au Liberia. Le groupe, présent dans soixante pays, espère ainsi gonflerses marges mais, ce faisant, il s’endette, car il finance nombre de ses acquisitions par LBO. Quand survient la crise de 2008 qui touche de plein fouet l’automobile et la construction, la demande plonge, et ses recettes avec.

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