Le Figaro: « «Le blues» post-Afghanistan de l’armée de terre »

En quittant mardi la Kapissa où elle affrontait les talibans depuis 2008, l’armée de terre française craint de ne plus avoir d’engagements à sa mesure.

Même si les communiqués officiels insistent sur les succès remportés par les forces françaises en Afghanistan et notamment en Kapisa, le départ des troupes laisse un goût d’amertume à l’armée de terre. Pas seulement parce que les soldats français quittent l’Afghanistan de façon anticipée, plus tôt que leurs homologues britanniques ou américains. Pas seulement parce qu’il n’est pas besoin de lunettes 3D pour savoir que la guerre a été perdue par les puissances occidentales et que les talibans, sitôt les talons des soldats occidentaux tournés, investiront sans doute à nouveau les provinces afghanes. Mais parce que ce type d’engagement à long terme risque d’être le dernier avant longtemps. Et que les nouveaux conflits annoncés par les stratèges ne feront pas la part belle aux Terriens.

Une ou deux brigades pourraient être supprimées

Après l’enlisement en Irak et en Afghanistan, les puissances occidentales, soumises par ailleurs à de fortes contraintes budgétaires, ont décidé de privilégier les engagements plus courts, sans intervention terrestre afin de ne pas heurter les populations locales. Davantage que l’Irak ou l’Afghanistan, l’archétype de l’intervention contemporaine serait plutôt la Libye ou le Sahel. Un modèle d’action indirecte, avec formation des armées locales à l’arrière, appui de l’aviation, gros moyens en renseignement et utilisation de petits groupes de forces spéciales, dont l’empreinte au sol est peu visible.

La fin des opérations en Afghanistan ne sera pas sans conséquences sur le volume de l’armée de terre. Engagée en 2008, la politique de rationalisation des armées françaises, qui s’est traduite par une baisse de 55.000 hommes dans les effectifs, avait déjà fragilisé l’armée de terre. Celle-ci redoute d’être la grande perdante des nouvelles coupes qui seront décidées après la révision du Livre Blanc de la défense, à la fin de l’année. Une ou deux brigades pourraient ainsi être supprimées, ce qui ferait passer l’armée de terre, pour la première fois de son histoire depuis la Révolution, à moins de 100.000 hommes. Elle ne pourrait plus refaire aujourd’hui la guerre de contre insurrection en Algérie, qui avait mobilisé 400.000 hommes. Le malaise parmi les Terriens a été aggravé cet automne par l’affaire Louvois, le non versement des soldes, lié au dysfonctionnement d’un logiciel.

«La guerre réelle n’est jamais la guerre rêvée»

Les contractions d’effectifs et de budgets risquent de provoquer, selon certains officiers, de nouveaux trous «capacitaires» au sein de l’armée de terre et de remettre en question, à terme, ses possibilités de projection hors des frontières. Or, soulignent généralement les responsables miliaires, personne ne sait de quoi seront faits les conflits de demain. «La guerre réelle n’est jamais la guerre rêvée» a coutume d’affirmer l’amiral Edouard Guillaud, le chef d’état-major des armées. Le désir d’engagements légers et courts pourrait bien être remis en cause par les prochaines surprises stratégiques.

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