Le Bréviaire des patriotes: Richelieu, la puissance de gouverner

Dans un livre très instructif sur l’habileté et la solidité du cardinal, Arnaud Teyssier nous dresse le portrait d’un véritable homme d’État qui a su conduire la France dans ce tumulte impétueux qu’ont constitué les guerres de religion.

Également auteur du « testament de Richelieu », Arnaud Teyssier nous transmet admirablement sa fascination pour le personnage du cardinal, grand ministre du roi Louis XIII. Face à l’adversité, aux intrigues multiples jusque dans la Cour, face aux ultimes soubresauts des conflits fratricides entre catholiques et protestants, Richelieu est resté tendu à cet objectif simple : le « bien public » doit l’emporter sur les intérêts particuliers. Pour ce faire, on voit bien les raisons qui ont poussé le pouvoir français à aller vers toujours plus de centralisation, jusqu’à l’installation progressive de la monarchie absolue qu’a initié Henri IV, que Louis XIII poursuivra et qui aboutira avec Louis XIV.

Le substrat de l’œuvre de Richelieu se base sur l’idée selon laquelle le plus grand crime que puisse faire un homme d’État est de ne pas agir, de laisser le destin s’accomplir sans chercher à le dominer. En l’occurrence, on ne peut s’empêcher de penser à nos dirigeants actuels qui subissent les évènements plus qu’ils ne le dominent. En ce sens, la comparaison souvent faite de Hollande avec Louis XVI prend tout son sens, quoiqu’elle paraisse cruelle pour Louis XVI… Celui-ci, en effet, a pêché par pusillanimité, ne voulant pas faire de vagues, dans une période troublée qui réclamait, pour que le pouvoir royal subsiste, un roi résolu et audacieux. De l’habileté et de la volonté des dirigeants découlent le destin collectif d’une société française souvent menacée par l’ « esprit de faction », comme le dit bien Teyssier.

Dès lors, l’autre idée générale que nous trace Teyssier avec cohérence dans ce livre réside dans l’obsession du cardinal d’édifier une unité politique fragilisée de toute part, aussi bien de l’intérieur avec les protestants que de l’extérieur avec l’empire autrichien des Habsbourg. Ainsi, son désir d’unité s’exprime par le fait qu’il vise le parti protestant et non la religion réformée, celle-ci bénéficiant d’un statut de protection durable grâce à lui et ce qu’avait initié Henri IV avec l’édit de Nantes. Malheureusement, sa révocation en 1685 par Louis XIV brisera cet élan unitaire en rangeant désormais le parti de la division du côté de la monarchie absolue. Le siège de la Rochelle en 1627-1628, soutenu par les Anglais, manifeste en outre, sa croyance selon laquelle « il y a des abus qu’il faut souffrir de peur de tomber en des suites de plus dangereuse conséquence », et qu’il convient quelquefois de faire preuve d’une audace qui dépasse les « règles de la prudence ordinaire ». En cela, il rejoint la vision pré-moderne holiste qui prévalait depuis l’Antiquité où on privilégie le tout par rapport aux parties, Goethe résumant parfaitement cet état d’esprit : « j’aime mieux une injustice à un désordre ». En outre, cette unité s’est construite autour de l’État et que, hors l’État, il n’y a qu’évaporation, évanescence générale, idée centrale qui a traversé les siècles et s’inscrit jusqu’à aujourd’hui dans l’inconscient collectif des français.

Lire la suite de cet article ICI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *