Le Brésil : entre euphorie et inquiétude

Alors que le Brésil est un pays de plus en plus médiatisé et cité en exemple à suivre, certains pensent déceler les prémices d’une nouvelle crise « de la bulle du crédit ».

Depuis 2003, lorsque Luiz Inacio Lula da Silva est arrivé au pouvoir, près de 49 millions de  Brésiliens ont rejoint  les classes moyennes et moyennes supérieures, selon une étude réalisée par la Fondation Getulio Vargas au Brésil. Le Revenu moyen des ménages a augmenté en pourcentage  de 1,8 point au-dessus du produit intérieur brut par an depuis 2003 à l’inverse de la Chine, où le PIB a augmenté de 2 points au-dessus du revenu des ménages.

Ainsi, la Brésilienne Dilma Rousseff a hérité en 2010 de la septième puissance économique mondiale, d’une croissance économique moyenne de 4,4% depuis 2006 à peine atteinte par la crise économique mondiale, d’un chômage à 5,3% de la population active et d’un déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB.

Mais tout comme la Chine et l’Inde commencent à montrer les signes d’une  croissance économique trop rapide, le Brésil affiche aussi  des signes de surchauffe. Le modèle de brésilien serait pour certains en  passe de dégénérer en « bulle du crédit ».

En effet, alors que les médias n’en parlent que comme d’un « gentil géant », «eldorado pour investisseurs », certaines voix, reprisent entre autres par les journaux Valeurs Actuelles ou Slate, veulent clarifier la situation.

Le scénario new-yorkais et irlandais semble à nouveau à l’ordre du jour. Les salaires des cadres Brésiliens à São Paulo ou Rio y sont plus élevés qu’à Manhattan ou à Londres par exemple et le mètre carré de bureau plus cher dans ces métropoles brésiliennes qu’à la City de Londres. De plus, la multiplication des milliardaires dans ce pays en font un des plus inégalitaires du monde.

Malgré le « miracle économique » du Brésil, la performance décevante de l’indice d’actions Bovespa depuis 2010, une des pires parmi les pays émergents, traduit la méfiance des investisseurs vis-à-vis d’un pays légendaire pour son inflation. Celle-ci a atteint 6,8% en 1990 et a augmenté de 6% en 2010 puis de 7% en 2011, et ce malgré une banque centrale qui a élevé ses taux directeurs jusqu’à 12,5% cette année.

Surtout, une énorme bulle du crédit à la consommation, semble apparaitre. En 2011, 28 % du revenu disponible local sert désormais à rembourser des dettes, contre 16 % du revenu des Américains, pourtant extravagants en la matière. Le nombre de Brésiliens ayant plus de 3 000 dollars de dettes a cru de 250 % depuis 2004, alors que 150 millions de cartes de crédit circulent dans le pays, trois fois plus qu’en 2008.

Ainsi, pour Moisés Naims, membre de la fondation Carnegie pour la paix internationale, « les Brésiliens ont été très nombreux, pour la première fois, à contracter des prêts auprès de banques pour acquérir une maison, un véhicule, un réfrigérateur, etc. Sans se rendre compte que les taux d’intérêt de ces crédits à la consommation étaient les seconds plus élevés du monde ».

Pour lui, cet essor du crédit à la consommation s’explique en partie par les millions de nouveaux emplois créés et les hausses de salaire rendues possibles par l’expansion. L’an dernier, sa croissance économique atteignait 7,5%, et le chômage a fortement diminué. Dès lors, dans de nombreux secteurs, les entreprises ne trouvent pas la main d’œuvre dont elles ont besoin, d’autant plus que le Brésil compte des retraités parmi les plus jeunes au monde.

De plus, les flux de capitaux étrangers et les recettes de l’exportation, minéraux et ressources agricoles dont les couts ont augmenté, ont rempli les caisses brésiliennes de devises étrangères, ce qui a eu pour effet de valoriser le taux de change du réal de 46% en deux ans, soit la monnaie la plus surévaluée.

Parallèlement, le Brésil investit relativement peu dans ses infrastructures, 1,5% de son PIB, comparé au gouvernement chinois qui y investit chaque année un montant équivalent à 12% de son PIB.

En outre, la bureaucratie ainsi que la corruption, le népotisme et le clientélisme du pays peuvent être un frein à l’implantation dans le pays. Pour le criminologue Xavier Raufer, « le bilan du Brésil est affreux : premier pays du monde pour les décès par armes à feu (31 homicides pour 100 000 habitants à Rio de Janeiro en 2010 ; en moyenne 2 pour 100 000 dans l’Union européenne…), l’élucidation des crimes qui y sont commis avoisine zéro. Depuis 1980, plus de 3 millions de Brésiliens ont péri de mort violente ».

Il ajoute que les populations des favelas sont rackettées par de véritables armées criminelles, comme à Rio, ou vivent environ 30 % de la population locale. En août dernier, à Rio, une magistrate qui s’opposait au « système » des favelas a été criblée de balles par des policiers corrompus au service des gangsters.

La question de savoir si le Brésil est une bulle financière se pose donc.

Pour Moisés Naims, « les progrès du Brésil […] reposent sur des avancées concrètes et de véritables atouts du pays ». Le RICS (Royal Institution of Chartered Surveyors) quant à lui pense que « parler d’une bulle du crédit est prématuré ». En effet, les encours de crédit, rapporté au produit intérieur brut, restent à des niveaux tout à fait convenables, ressortant actuellement à 15 %. Dans les pays développés, ce taux est nettement supérieur, la dette des ménages britanniques étant par exemple de 100% du produit intérieur brut. Néanmoins, le RICS se veut vigilant et note qu’il existe cependant d’importants risques de défaut de paiement.

Il convient également de préciser que les banques brésiliennes présentent un bilan sain malgré la hausse récente du taux de défaut sur les prêts bancaires qui s’élève à 6,9% des créances. De plus, elles sont peu vulnérables à la crise bancaire européenne : seuls 14% des actifs bancaires sont détenus par des banques européennes.

Il ressort donc que la priorité doit être de stabiliser l’économie brésilienne et de contrôler la croissance. Bien que le Brésil soit promis à un brillant avenir, et que toutes les conditions semblent réunies pour accueillir au mieux les investissements,  la corruption, la criminalité, la modernisation des infrastructures et la réduction des inégalités sociales sont des sujets sur lesquels le Brésil doit continuer à travailler.

 Alexandre Mandil

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