La Tribune: « Défense : la mutualisation des matériels militaires s’accélère »

Un avion tanker polonais qui ravitaille un Rafale. Ce sera bientôt possible. Dix pays européens, dont la France, ont signé lundi un accord pour que l’Europe se dote d’ici à 2020 d’une capacité commune d’avions multirôle de ravitaillement en vol et de transport.

C’est un nouveau pas dans la mutualisation des matériels militaires. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui a participé lundi au comité directeur de l’Agence européenne de défense (AED), a engagé la signature de la France aux côtés de la Belgique, de l’Espagne, de la Grèce, de la Hongrie, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Pologne, du Portugal et de la Norvège « pour que l’Europe se dote d’ici à 2020 d’une capacité commune d’avions multirôles de ravitaillement en vol et de transport (MRTT) », selon un communiqué du ministère de la Défense publié lundi. « L’Europe doit conquérir son autonomie stratégique. Notre approche doit être pragmatique et progressive. Le partage de capacités entre États apporte une plus-value économique et opérationnelle concrète. Ce modèle est prometteur », a estimé Jean-Yves Le Drian, cité dans le communiqué. Il avait déjà souligné début octobre à l’Assemblée nationale que « les contraintes budgétaires représentent peut-être une chance pour l’Europe de la défense car il faut éviter que l’Europe ne connaisse un déclassement stratégique ».

Pour parvenir à ce résultat, la France a écarté une initiative de l’OTAN sur les ravitailleurs en vol. Elle avait pour objectif de proposer aux Européens qui le souhaitaient la mise à disposition d’un groupement (pool) de ravitailleurs américains, avec un système d’abonnement. « Nous ne souhaitons pas du tout entrer dans ce jeu de financement commun des capacités de l’OTAN et préférons une approche européenne de mutualisation des efforts », avait expliqué mi-octobre à l’Assemblée nationale le chef d’état-major de l’armée de l’air, le général Denis Mercier.

Vers une capacité européenne pour le ravitaillement en vol

« Ces dix pays signataires et d’autres futurs contributeurs feront l’acquisition ou utiliseront en commun une flotte d’aéronefs destinée à répondre au besoin de ravitaillement en vol des Européens en opérations, dans le même esprit que le Commandement du transport aérien européen (EATC) », a souligné le communiqué. Inauguré en septembre 2010, l’EATC, dont le commandement est basé à Eindhoven (Pays-Bas), permet aux armées allemande, belge, française et néerlandaise de partager leurs moyens de transport aériens. Ce qui a été le cas avec succès pour l’opération Harmattan en Libye. « L’EATC a montré sa pertinence lors d’Harmattan », avait confirmé devant les députés le général Denis Mercier. Pour autant, en matière de ravitaillement, « l’Europe ne dispose pas de capacités pouvant assurer son autonomie comme l’avait montré l’opération Harmattan menée en Libye en 2011 où 75 % du ravitaillement en vol avait été opéré par d’autres que les Européens », a précisé le communiqué.

Jusqu’où la mutualisation peut-elle aller ?

Jusqu’où peut aller la mutualisation des matériels de défense entre les différentes armées européennes ? Pour le ministre de la Défense, « la mutualisation est plus que jamais l’une des pistes pouvant nous permettre de résoudre l’impossible équation entre la situation géostratégique et la situation budgétaire ». Selon Jean-Yves Le Drian, elle est opportune dans un contexte de réduction des budgets de la défense. Il avait d’ailleurs précisé sa stratégie début octobre à l’Assemblée nationale : « nous devons poursuivre le nôtre (réduction du budget, ndlr) tout en favorisant le partenariat avec nos partenaires européens. C’est à cette seule condition que notre défense sera en mesure de répondre aux menaces futures. En effet nous ne pourrons pas y arriver tout seul, nos voisins non plus ».

En revanche, le chef de l’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, est plus que mitigé sur le concept. « La notion de mutualisation capacitaire est une auberge espagnole, comme le pooling and sharing ou la smart defence, avait-il expliqué mi-octobre à l’Assemblée natuonale. Si j’y suis extrêmement favorable, je suis aussi très prudent. Avant de mutualiser, il faut avoir un accès garanti, ce qui relève du politique, et très bien connaître l’autre, pour ne parler que du bilatéral ». Pour l’amiral Guillaud, « il est aussi plus facile politiquement et diplomatiquement de mutualiser des capacités de défense ou de résilience que des capacités offensives ». Dans ce contexte, la France travaille avec l’Allemagne « en vue de rapprocher les services de santé ». « D’autre part, il est plus facile à deux pays de la même taille de mutualiser, avait rappelé le chef d’état-major des armées. Enfin, il existe des stratégies de niches, comme en développent les Néerlandais ou les Danois ». Et de conclure, « la mutualisation n’est pas la panacée, mais seulement un outil parmi d’autres ».

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