La France, prochaine proie de prédateurs financier d’outre-Atlantique ?

En mai 2010,  François Fillon dénonçait des attaques spéculatives contre l’euro, appuyé en aout 2011 par Laurence Parisot parlant « d’orchestration outre-Atlantique ». En décembre 2011 Valérie Giscard d’Estaing déclarait que « le travail des banques américaines et des officines est d’organiser la spéculation en Europe » avant de poursuivre : « on s’attaque d’abord à la Grèce, puis l’Italie et ensuite la France ». En effet, certains fonds d’investissements et établissements bancaires auraient un intérêt financier à mettre des pays européens en faillite en achetant des « credit default swaps » (CDS : contrats d’assurance) sur les dettes européennes, vendant des titres à découvert, et alimentant le marché de rumeurs relayées par les agences de notations.

En février 2010, le Wall Street Journal révèle que des dirigeants de  Hedge Found, dont celui de SAC Capital Advisors, et le célèbre George Soros de Soros Fund Management, se sont réunis à Manhattan afin de discuter d’un retour à la parité de l’euro face au dollar. Le journal révèle qu’ils auraient parié des sommes gigantesques sur le repli de l’euro ce qui pourrait expliquer en partie, au vu de leur influence, le recul de la monnaie européenne passant de 1,5 dollar fin 2009 à 1,3 en 2012. Le président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Jean-Pierre Jouyet a par ailleurs dénoncé le rôle des Hedge-Found dans la crise que traverse la zone euro, bien que devant l’absence de défaut de la Grèce, ces derniers auraient perdu de l’argent.

En outre, selon des informations du Spiegel, précisées par le New York Times la banque d’affaires américaine Goldman Sachs aurait, avec l’aide d’instruments développés avec d’autres banques de Wall Street, aidé la Grèce à dissimuler l’ampleur de sa dette et de son déficit, lui permettant ainsi d’intégrer l’euro puis de respecter les règles imposées par Bruxelles en matière de déficit, tout en continuant de vivre au-dessus de ses moyens. Goldman Sachs aurait perçu, au passage, quelque 300 millions de dollars de commissions.  Dès lors, la banque est suspectée de jouer un double jeu. D’un côté, elle aiderait l’État grec à restructurer sa dette sur les marchés, mais de l’autre, et selon des soupçons du gouvernement grec, elle investirait en CDS, en pariant sur un défaut de paiement d’Athènes. Toutefois, l’Europe ne semble pas lui en tenir rigueur.Mario Draghi,  ancien vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs,  vient d’être nommé président de la BCE. Lucas Papademos a été gouverneur de la Banque de Grèce lorsque Goldman Sachs a aidé à falsifier les comptes et vient d’être désigné premier ministre de la Grèce. Enfin, Mario Monti ex-conseiller international de Goldman Sachs en 2005 est devenu Président du Conseil en Italie.

Enfin, pour certains, l’attaque que subirait l’euro viendrait de plus haut.Pour Denis Kessler, le PDG du groupe d’assurances Scor, elle s’inscrirait dans « la bataille majeure du contrôle du droit de seigneuriage ». En effet, les États-Unis, face aux menaces de l’euro et du Yuan serait en passe de perdre leur privilège « exorbitant » (selon De Gaulle), acquis en 1944, de bénéficier avec le dollar d’une monnaie de réserve leur permettant de financer d’immenses déficits de leur balance des paiements sans avoir à liquider leurs actifs à l’étranger. Or, l’euro concurrence de plus en plus le dollar comme monnaie et réserve, et entre désormais pour 30% dans les réserves de certaines banques centrales risquant à terme de remettre en cause le droit de seigneuriage des Américains. De même, Jean-Marc Daniel, professeur d’histoire de la pensée économique à l’ESCP-Europe affirme que « pour les Américains, l’alarme a été tirée le jour où les émissions obligataires libellées en euros ont dépassé celles en dollars ».

Impossible ? Les américains n’en seraient pas à leur coup d’essai : c’est en poussant l’appréciation du yen au-delà de ce que pouvait supporter l’économie nippone que les États-Unis ont pu dans les années 80 et 90 stopper le Japon.

Alexandre Mandil

Sources :

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