Infoguerre: La diabolisation de l’exploitation du gaz de schiste

Cette analyse souligne le processus utilisé par les Organisations Non Gouvernementales (ONG) contre le gaz de schiste pour pousser le gouvernement à retirer les permis d’exploration à l’aide de la fracturation hydraulique aux entreprises pétro gazières en France et à en bloquer l’exploitation pour l’avenir.

Pour comprendre la férocité du débat, il faut embrasser la perception qu’a chaque acteur de son adversaire. Dans un rapport de fort au faible, le groupe pétrolier Total qui se trouvait dans une position dominante au début du débat, est perçu par les ONG opposées au gaz de schiste comme un groupe industriel international dont la stratégie n’est dédiée qu’à l’accroissement de ses profits et ce, même au détriment de la santé publique et de l’environnement. L’exploitation du gaz schiste n’aurait, selon elles, que pour unique but de pallier à l’épuisement de réserve des ressources conventionnelles d’énergie. Parallèlement, la position de ces ONG, à l’égard de l’exploitation du gaz schiste, est considérée comme radicale et idéologique par Total. Habitués aux confrontations, les grands groupes industriels ont assisté à la naissance de la polémique sur le sol états-unien, lieu des premières autorisations d’exploitation du gaz. Les ONG françaises n’ont eu alors qu’à reprendre les argumentations de leurs homologues pour lutter lorsque le sujet est apparu, plus tardivement, en France.

La mise en échec informationnel de Total

La position des acteurs a évolué au cours du débat. Suite à différents mouvements de leur part, l’impact informationnel de leur parole a changé, renversant alors le rapport de force. D’abord, face aux attaques des ONG, Total a joué la carte du silence. Dans un second temps, minimisant l’importance des ONG dans ce nouveau débat, elle a préféré nier les arguments qu’on lui opposait. Puis, elle s’est mise à y répondre par un discours technique, visant à les démonter scientifiquement. En attirant la confrontation sur le plan scientifique et technologique, Total espérait amener le débat vers le rationnel et quitter le champ du ressenti, de l’émotionnel et ainsi sortir les populations des préjugés et de l’inquiétude que pouvait susciter ce type d’extraction. Mais suite à l’utilisation d’actions agressives d’exploitation aux Etats-Unis, Total a perdu de sa crédibilité dans le débat. Illustration par un exemple survenu dès le début du débat : Les ONG mettent en corrélation les maladies touchant les populations dues à la pollution des nappes phréatiques et la proximité d’une exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique.

L’entreprise a réagi en distribuant des packs d’eau aux habitants pendant qu’elle analysait si la corrélation était réelle ou non. Pour les ONG, cet acte fut l’aveu de la méconnaissance, voire de la dangerosité des effets de l’exploitation du gaz sur la santé de la population. Cet exemple a été suivi de témoignages et de vidéos notamment en ce qui concernait la présence de méthane dans une eau du robinet qui pouvait prendre feu lorsque l’on approchait un briquet. D’autre part, les entreprises pétrolières ont reconnu avoir eu recours à des membres des psyOps, soldats de l’armée américaine spécialistes de la guerre psychologique, dans des villages pour permettre l’implantation des entreprises d’extraction. Un journaliste du Monde a déclaré avoir été commandité par Total pour écrire un article pro-gaz de schiste. Enfin, les industriels se sont souvent vus reprocher leur manque de transparence dans le débat puisqu’ils refusaient de livrer la composition des liquides injectés lors de la fracturation. Les ONG américaines ont su profiter de ces erreurs de communication et de stratégie informationnelle pour mettre en avant la légitimité de leur action se réclamant protectrice de l’environnement et de la santé humaine.

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