Fondation Prometheus: « Edito de Bernard Carayon, Patriotisme économique ou protectionnisme patriotique ? »

Patriotisme économique ou protectionnisme patriotique ?

La question vient d’être tranchée par… Pascal Lamy, directeur général de l’OMC : « je n’ai rien contre le patriotisme économique » a-t-il assuré sur Europe 1. « Par contre, si ça doit se transformer en protectionnisme patriotique, alors là non, parce que l’économie internationale aujourd’hui suppose que pour bien exporter, vous importiez plus ». [1]

Enfin ! Voilà une vraie victoire politique pour ceux qui, depuis près de dix ans [2] plaidaient pour la défense, sans naïveté ni paranoïa, de nos intérêts nationaux et européens, dans le respect des règles internationales, sous condition de réciprocité.

Les mots, en ce domaine, pèsent lourd. Pour reprendre l’expression du philosophe français Brice Parain, « ils sont des pistolets chargés ».

Longtemps, en mobilisant l’expression de « patriotisme économique », je me suis heurté aux sarcasmes ou aux critiques de ceux qui, volontairement ou non, confondaient patriotisme et nationalisme : quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage. Le patriotisme, « c’est l’amour des siens, le nationalisme, la haine des autres » écrivait Romain Garry. Et lors d’un colloque que j’avais organisé à l’Assemblée nationale en 2005, l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Greg Stapelton, fervent républicain et libéral, avait déjà traité par l’ironie notre pudeur collective à l’égard du patriotisme : «le patriotisme économique, nous connaissons très bien cela chez nous ; mais nous en parlons moins que nous ne le pratiquons». Ajoutons que ce sont souvent les mêmes personnes qui jugent ringard le patriotisme économique et qui enfilent, les soirs où joue l’équipe de France de football, son maillot bleu !

Voilà donc un regard nouveau sur la mondialisation qui s’impose.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, la mondialisation nous avait été présentée comme pacifiée, dominée par le primat de la prospérité, le dogme du libre-échange et le nécessaire effacement des Etats-nations, pour le bonheur des peuples. Une « mondialisation heureuse », selon l’expression –vraiment datée et fortement idéologique- d’Alain Minc. La réalité est tout autre. Elle n’est pas dans l’alternative du paradis des ultralibéraux et de l’enfer des altermondialistes. Elle est celle du choc des puissances, du retour des frontières, de l’affirmation des intérêts des Etats-nations, de la « guerre économique », expression qu’il fallait autrefois chuchoter, et que les médias, avec une hardiesse nouvelle, utilisent désormais sans guillemets !

Certains, à l’extrême gauche comme à droite, ont raillé, récemment, la pose en marinière du ministre du redressement productif : elle part pourtant d’un bon sentiment, et dans une civilisation de l’image, il ne faut hélas pas toujours se priver des postures qui prêtent à sourire : le sac de riz sur l’épaule de Bernard Kouchner a popularisé l’engagement formidable des « Médecins sans frontières ». Mais je ne suis pas convaincu que le consommateur soit, par nature, patriote. Dans un pays où il y a 8,6 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, le réflexe est à l’économie…

Le patriotisme économique s’adresse moins aux consommateurs qu’à l’Etat. C’est l’Etat seul qui peut et doit distinguer les activités économiques où notre pays joue son destin (défense, énergie, industrie pharmaceutique, aéronautique, TIC)  de celles qui ne génèrent que prospérité et cohésion sociale. Les activités « stratégiques » sont mieux connues, mieux identifiées comme telles, après l’inlassable travail pédagogique de notre fondation. Ce sont ces secteurs industriels qui justifient de la part de l’Etat  une meilleure protection juridique, technologique, financière, institutionnelle, politique. C’est là où l’action de l’Etat est, chez nous comme partout dans le monde, parfaitement légitime, parce que c’est là où nous jouons nos indépendances, nos émancipations, nos libertés et notre souveraineté.

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Accéder à La Proposition De Loi (N° 3985) De M. Bernard Carayon Visant A Sanctionner La Violation Du Secret Des Affaires.

[1] Le Point.fr, 20 octobre 2012

[2] Rapports aux premiers ministres : « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale » (2003) et «  A armes égales » (2005). Voir aussi Patriotisme économique, de la guerre à la paix économique, ed. du Rocher (2005)

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