Europe : Libéralisation et ouverture à la concurrence, l’exemple de la poste

Un an après la libéralisation totale du marché du courrier, et en particulier, celui des lettres de moins de 50g, La Poste reste l’opérateur très largement majoritaire dans ce secteur. Bien qu’une quinzaine d’entreprises ait reçu une autorisation pour la distribution de correspondance, celles-ci exercent sur des marchés locaux et restent absente au niveau national.

L’origine de la Poste remonte à la création de relais de poste par Louis XI en 1477 pour le transport des messages royaux et surtout des offices de messagers royaux créés en 1576 qui étaient autorisés à transporter le courrier des particuliers. Mais c’est au XVIIe siècle que remonte l’administration des postes en France, avec la création de la « poste aux lettres », dirigée par le surintendant général des postes. Le service sert à l’État pour sa communication interne et la transmission des ordres, des rapports, entre les différents échelons de son administration. Mais ce qui est vu à l’époque comme une révolution intervient le 1er Janvier 2011.

Après le transport aérien en 1997, les télécoms un an plus tard, le fret ferroviaire en mars 2006, l’électricité et le gaz en 2007, ou encore le transport ferroviaire de passagers à l’international fin 2009, les services postaux français ont dû s’ouvrir à la concurrence, y compris concernant les plis de moins de 50g. Ceux-ci représentent 80 % des envois réalisés en France et 50% du chiffre d’affaire de l’entreprise. Il s’agissait de la dernière étape de la libéralisation du courrier planifiée par des directives européennes entre 1997 et 2002 afin de faire baisser les prix et d’améliorer les prestations aux consommateurs.

Cependant, l’ouverture à la concurrence ne semble pas porter ses fruits. Contrairement aux autres secteurs, celui du courrier est en recul, en grande partie du fait de l’essor d’Internet. Ses volumes devraient chuter de 30 % entre 2008 et 2015 et sont passés de 18 à 15,5 milliards d’objets adressés entre la mi-2008 et fin 2011, avec des perspectives de 13 milliards pour 2015.  Pourtant, l’ouverture aux colis de plus de 100 grammes avait à l’époque suscité l’enthousiasme, mais celle des plis de moins de 50g n’a pas eu l’effet escompté, et La Poste ne voit, un an après la fin de son monopole, aucun acteur d’envergure se positionner pour lui contester son hégémonie. Si bien que Nicolas Routier, directeur général du courrier rappel dans les Echos que l’entreprise dispose de « toujours plus de 99% de part de marché sur le courrier adressé en boîte aux lettres».

Bien qu’une quinzaine d’entreprises ait pu obtenir une autorisation de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes pour la distribution de correspondance, mais celles-ci se sont positionnées sur des marchés locaux, comme 3L à Anger par exemple.

Ainsi, L’entreprise LMX a fait savoir qu’elle ne s’écarterait pas de son cœur de métier : le courrier vers l’international. L’opérateur Adrexo a lui annoncé qu’il continuerait la distribution en boîtes aux lettres de publicités, de catalogues, d’annuaires et la livraison de colis à domicile. Les opérateurs privés ont prit conscience de la difficulté d’imaginer de nouveaux services postaux fiables et rapides et de l’importance des investissements, financiers et de main-d’œuvre, que cela nécessiterait.

Par ailleurs,  La Poste s’était préparée à cette ouverture, en particulier depuis la loi sur la régulation postale de 2005. Son changement de statut en société anonyme 100% publique a permis à la Caisse des dépôts de participer, aux côtés de l’État, à une augmentation de capital de 2,7 milliards d’euros afin d’accompagner son plan de développement d’ici à 2015. La poste a ainsi pu développer sa locomotive, c’est à dire la Banque Postale, et sur les quelque 9 milliards d’investissements prévus au cours de cette période, 1 milliard sera consacré au courrier. Face à la prudence liée notamment au déclin programmé de cette activité, La Poste voit plus large et se positionne comme un média de la relation clients des entreprises, un marché beaucoup plus concurrentiel, mais qui n’est pas en déclin.

En outre, sur l’année 2011 le chiffre d’affaires n’a pas reculé et le résultat a augmenté. La modernisation de La Poste lui a permis d’atteindre 87% de lettres prioritaires délivrées en J+1: contre 70% en 2003. De plus, La Poste s’est positionnée sur le marché du développement durable en lançant fin 2011 la «lettre verte» consistant en un timbre à 57 centimes conçu pour le J+2.  Selon le directeur général du courrier, «une lettre urgente sur huit est une lettre verte ».

La secousse annoncée durant les années 2000 n’a donc pas encore eu lieu.

Alexandre Mandil

Alexandre Mandil

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