Le Figaro – Entrée de la Lituanie dans l’Euro : pour un vrai débat démocratique au sujet de la monnaie unique

euro-moneyTandis que la crise de l’euro resurgit en Grèce et que des économistes, toujours plus nombreux, prophétisent une sortie prochaine de l’Italie de la zone euro, la monnaie unique continue d’attirer de nouveaux pays. Après l’Estonie en 2011 et la Lettonie en 2014, le 1er janvier 2015, ce sera au tour de la Lituanie de rejoindre ses deux voisins Baltes en devenant le dix-neuvième Etat membre de la zone euro.

La Lituanie, qui désirait initialement intégrer la zone euro le 1er janvier 2007, a vu sa demande d’adhésion rejetée plusieurs fois depuis en raison d’une inflation trop élevée entre 2006 et 2008 puis de la crise de la zone euro en 2010. C’est finalement courant 2014 que son adhésion a été entérinée. Après le rouble (1940-1991), le talon (1991-1993) et le litas (1993-2014), l’euro sera leur quatrième monnaie en près de 25 ans.

Pour parvenir à respecter les nombreux critères de convergence exigés, parmi lesquels, la stabilité des prix, la situation des finances publiques, la stabilité du taux de change et les taux d’intérêt à long terme, le peuple lituanien a consenti à de nombreux efforts. Frappé de plein fouet par la crise de 2008 qui a entraîné une sérieuse récession en 2009, le gouvernement lituanien s’est refusé à dévaluer la monnaie nationale, préférant administrer à son peuple une vigoureuse cure d’austérité. Résultat, l’émigration déjà conséquente dans ce pays, s’est dramatiquement accélérée: entre 2009 et 2013, fuyant le chômage de masse, 6% de la population aurait quitté la Lituanie, principalement à destination d’autres pays européens.

Depuis, l’opinion publique lituanienne demeure divisée sur le sujet de l’adoption de l’euro et, à en croire les différents sondages, la majorité des lituaniens n’aurait que récemment basculé en sa faveur. Selon un sondage réalisé par Eurobaromètre en novembre 2013, 40 % des Lituaniens étaient favorables à cette période à l’adoption de la monnaie unique tandis que 49 % s’y opposaient. Une enquête d’opinion réalisée en février 2014, mentionnait des proportions de 40-60%. De même, selon l’Eurobaromètre de juin 2014, 44% des Lituaniens, inquiet d’une éventuelle hausse des prix estimaient que la monnaie unique aura des conséquences personnelles négatives, contre 35% de positives. Ce n’est que depuis juillet 2014 qu’un basculement semble être intervenu en faveur de l’adhésion de la Lituanie dans la zone euro. 50 à 68% des lituaniens se prononceraient désormais en sa faveur, tout en conservant une forte inquiétude au sujet de l’inflation (57% des lituaniens). Mais peu importe après tout, puisque nul ne leur demande leur avis. Puisque les peuples européens n’ont pas davantage été consultés au sujet de savoir s’ils souhaitaient partager leur monnaie avec une nouvelle nation dont le produit intérieur brut par habitant équivaut à à peine plus d’un tiers de celui de la zone euro. Et puisque le FMI, les agences de notation Moody’s et Standard & Poor’s, ainsi que les technocrates européens ont d’ores et déjà applaudi la nouvelle. Peu importe, en effet, car pour cette ancienne république soviétique qui a rejoint l’Union européenne et l’Otan en 2004, cette adhésion à la zone euro est avant tout une décision géopolitique dans laquelle les peuples européens, ignorés, n’ont pas leur mot à dire.

Algirdas Butkevičius, premier ministre lituanien, n’a-t-il pas déclaré qu’une “intégration plus poussée de la zone euro est un gage de plus grande sécurité.»? C’est donc de la volonté des dirigeants européens et lituaniens d’ancrer le pays en Europe de l’Ouest que provient leur empressement à intégrer la Lituanie dans une zone euro en crise et susceptible, selon de nombreux économistes, de s’effondrer prochainement. La crise ukrainienne qui a fortement inquiété les pays Baltes a accéléré le processus et la Lituanie a été l’un des pays européens réclamant avec le plus d’insistance que des mesures soient prises à l’égard de la Russie.

C’est donc un nouvel épisode de la construction européenne telle qu’elle a été menée depuis plus de 20 ans qui se jouera le 1er janvier 2015. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans le consentement des peuples. Une nouvelle fois, la précipitation d’une extension inconsidérée vers l’Est a primé sur le bon sens et la stabilité économique du continent. Une nouvelle fois, la zone euro ignore toute cohérence fiscale en accueillant en son sein un pays bénéficiant d’un impôt sur les sociétés à 15% (5% pour les petites et moyennes entreprises). Enfin, une nouvelle fois, le tabou autour d’une sortie de l’euro condamne l’existence même d’un débat à ce sujet.

En zone euro, depuis la crise, la décision est prise: la dévaluation sera interne. La position allemande imposant des politiques d’austérité l’a emporté. Et comment la blâmer? Sans sortie de l’euro, et sans austérité, l’intégration budgétaire européenne nécessiterait d’importants transferts de richesse entre les différents pays européens et notamment de l’Allemagne vers l’Europe du Sud. Ces transferts équivaudraient à environ 3% du PIB allemand – 85 à 90 milliards d’euros chaque année – soit ce qu’a coûté la difficile réunification allemande pendant 10 ans qui pourtant eut lieu au sein d’une même nation.

L’euro a été mal conçu, l’euro est en crise, les peuples n’ont qu’un mot à dire: bienvenue à la Lituanie!

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