Eau et énergie: risques et opportunités des groupes indiens pour la France

Onzième puissance économique du monde en valeur nominale, quatrième en parité de pouvoir d’achat (PPA), bénéficiant d’une croissance de son PIB de plus de 8 % en 2010, l’Inde est un géant de près d’un milliard deux cents millions d’habitants. Cette forte croissance, aussi bien économique que démographique, engendre un accroissement considérable de la consommation d’eau et d’énergie. La consommation électrique est par exemple passée de 320 Térawatts en 1993 à plus de 720 en 2010[1]. En effet, les besoins sont immenses. L’Inde est désormais le cinquième consommateur[2] mondial d’énergie pour une classe moyenne d’environ 350 millions de personnes. Le pays est par ailleurs le troisième producteur mondial de charbon, qui représente plus de la moitié de son bouquet énergétique.

Cependant, l’Inde connaît de très importantes difficultés sur le plan énergétique et de l’approvisionnement en eau. L’Inde est un pays en déficit énergétique qui subit un manque de production, entre 8 à 12,5 % chaque année. Près de 400 millions de personnes n’ont toujours pas aujourd’hui accès à l’électricité, du fait du manque de production électrique, mais également des 40 % de pertes, au cours de son acheminement. De plus, l’Inde représente 16 % de la population mondiale et seulement 4 % des ressources en eau.

Alors que la croissance économique de l’Inde est largement dépendante de sa capacité à fournir l’électricité nécessaire au développement de la production industrielle du pays, ces carences risquent d’être un frein au développement du pays. Les très nombreuses coupures d’électricité imposent d’investir massivement dans les infrastructures de production énergétique.

La sécurité énergique est un véritable enjeu pour l’Inde qui est très dépendante du pétrole et du gaz, qu’elle doit massivement importer. En outre, ces énergies fossiles soulèvent le problème de la pollution de l’air par le rejet massif de C02 et donc du réchauffement climatique – le pays est le troisième pollueur au monde derrière la Chine et les USA. La qualité des eaux des fleuves et des nappes phréatiques importe de plus en plus dans le cadre d’un début de prise de conscience environnementale mondiale. Ces questions soulignent la nécessité pour l’Inde d’accroître l’exploitation des énergies renouvelables, principalement hydrauliques, éolienne, solaire, et biomasse, afin de faire face à la hausse de sa consommation.

Dans ce contexte, même si la stratégie des entreprises indiennes consiste moins à exporter qu’à développer la filière nationale tant la demande interne est importante, de nombreux groupes indiens émergent ou se renforcent dans le secteur de l’eau et de l’énergie, bénéficiant de la politique indienne de développement en la matière.

« L’Electricity Act » de 2003 vise ainsi à accélérer le processus de réformes engagé en 1991, en mettant en place des outils institutionnels et réglementaires afin de doter l’Inde d’un marché national de l’électricité dans lequel les prix seraient fixés par l’offre et la demande. En 2005, une politique nationale d’électricité a été adoptée afin de construire 100 GW de capacités de production supplémentaires d’ici 2012. Deux sources de production énergétiques semblent privilégiées : le nucléaire et les énergies renouvelables. Le nucléaire s’est développé en Inde dans les années 1970 et se trouve encore à l’étude. Malgré la conjoncture peu favorable (Fukushima), il est considéré aujourd’hui par l’Inde comme l’un des outils permettant son indépendance énergétique, d’où sa participation au programme ITER. Concernant les énergies nouvelles, l’Inde s’est engagée dans un « plan solaire » : 20 GW de production pour 2020 lui permettant de compléter sa forte implantation en termes d’éoliennes sur la façade ouest du pays.

Malgré des positionnements stratégiques et économiques différents, le marché indien constitue pour certains analystes, un marché alternatif ou complémentaire au marché chinois. Aux alentours de 2025, la Chine sera son principal rival. Une concurrence est déjà présente dans des domaines tels que l’hydraulique ou le solaire.

Concernant la France, l’Inde, est la troisième destination la plus attractive pour les investisseurs directs à l’étranger (IDE)[3]. Elle est devenue un marché incontournable pour plus de 400 entreprises françaises aujourd’hui implantées en Inde. Une grande majorité des IDE a été réalisée par acquisitions. Dès les années 1980, la France a souhaité donner une nouvelle envergure aux relations avec l’Inde en faisant le pari de son émergence stratégique, diplomatique et économique. Ce rapprochement a été concrétisé par le lancement d’un partenariat stratégique en 1998, ainsi que par la tenue d’un dialogue rapproché un an plus tard, enrichi en 2008. Sur la période 2008-2012, nos sociétés auront investi près de 10 milliards d’euros en Inde. Réciproquement, l’émergence de l’Inde dans l’économie mondiale s’accompagne d’une montée en puissance de ses entreprises. La France apparaît comme une destination de plus en plus attractive pour les investisseurs indiens. Alors qu’en 2005, l’Inde se classait au 69ème rang des investisseurs étrangers en France, elle s’est placée à la 45ème position en 2009. Le stock d’IDE réalisé en France par les entreprises indiennes s’est élevé à 323 milliards d’euros en 2009. On compte en France 90 établissements indiens (45 en 2005) pour environ 8 000 emplois.

Dès lors, les groupes indiens peuvent offrir de nombreuses opportunités pour l’économie française en termes de croissance du PIB, rééquilibrage de la balance des transactions courantes, d’emplois, d’innovation et de stratégie de puissance. Mais ils peuvent également devenir un facteur de risques pour nos emplois ou notre avance technologique. C’est ainsi que des partenariats ou des concurrences peuvent naître entre les groupes émergents indiens et les groupes français sur les marchés intérieurs indiens, français ou internationaux.

Par conséquent, un état des lieux devra être effectué pour déterminer les opportunités, mais aussi les risques posés par les groupes indiens, afin de faire ressortir des angles d’attaques.

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[3] Rapport « World Economic Outlook », juillet 2010 – Fonds monétaire international

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