Docile, François Hollande suspend la livraison des Mistral à la Russie

Prenant son courage à deux mains, le Président de la République française, François Hollande, s’est finalement décidé à lamentablement et honteusement céder aux injonctions européennes et américaines à la veille du sommet de l’Otan. La politique d’indépendance d’inspiration gaulliste a vécu. La suspension de la livraison des deux bâtiments de projection et de commandement de classe Mistral n’est pas le fruit d’une décision souveraine française considérant la Russie comme une menace pour ses intérêts ou pour l’intégrité territoriale d’un allié. Elle est, en revanche, la conséquence d’un pathétique manque de courage politique face aux ordres lancés par nos principaux rivaux dans l’exportation d’armements: le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique.

Une question s’impose : au cas où la suspension de la livraison s’avérait définitive, que ferait-on des BPC Mistral ?

En premier lieu, nous n’aurions probablement pas les moyens de compléter la flotte de trois navires BPC que la Marine française a déjà en sa possession en conservant ces deux navires qui sont optimisés pour la marine russe.

En outre, la proposition d’un député conservateur allemand de vendre ces navires à l’OTAN est irréaliste et n’intéresse pas cette dernière.

Enfin, à moins de les brader, quelles autres nations voudraient prendre le risque de parier sur la fiabilité de notre signature ? La fiabilité perdue de notre parole donnée pourrait s’annoncer catastrophique pour d’autres contrats d’armement majeurs, à l’instar de celui de la vente de 126 Rafale à l’Inde qui pourtant s’annonce favorable. La confiance, entre partenaires d’affaires est, en effet, un élément de première importante lorsque des contrats sensibles de plusieurs milliards d’euros sont en jeux.

Et que dire de l’hypocrisie de notre soi-disant allié américain, lui qui offre souverainement chaque année des milliards de dollars d’armement à Israël, une nation faisant pourtant l’objet de multiple résolution de l’ONU. Ces mêmes États-Unis d’Amérique qui équipent et protègent sans vergogne les différentes pétrodictatures du Golf depuis des décennies. Gageons que l’intérêt saoudien pour les frégates FREMM de DCNS les dérangera moins. Il est vrai que de l’aveu même de François Hollande, l’Arabie Saoudite et l’occident partagent la plupart des positions et initiatives internationales… Sans parler des opérations conjointes entre le géant pétrolier russe Rosneft et son partenaire américain ExxonMobil en mer de Laptev !

Hollande le valeureux

En outre, les pressions de nos « frères » européens, les réactions polonaises, allemandes et britanniques, démontrent une nouvelle fois, si cela était encore nécessaire, qu’il n’y a rien à attendre de l’intégration européenne et que l’Europe de la Défense est une chimère à laquelle personne ne croit tant que cette dernière ne rime pas avec OTAN.

Dès lors, il est grand temps de lui préférer l’Europe des peuples et des nations qui coopèrent autour de grands projets lorsque leurs intérêts concordent. Ce qui, en l’espèce, n’est visiblement pas le cas et qui jette une sombre voile sur la perspective de voir un jour se créer un Airbus de l’industrie maritime…

Non, français, revenons à la défense des seuls intérêts de notre nation et laissons l’Allemagne continuer à s’approvisionner massivement en gaz (35 % de son gaz) – et donc financer- la Russie tant décriée, dont elle est par ailleurs le principal partenaire commercial… Rappelons-nous que les exportations allemandes de biens vers la Russie représentent en effet 42,25 % des exportations totales de biens de la zone euro vers ce pays !

Français, adoptons un véritable patriotisme économique français, dès lors que le Royaume-Uni prend un soin tout particulier à ne pas mettre en danger les transactions financières de la « City » en Russie, tant les oligarques russes représentent une véritable manne financière pour le Royaume-Uni. Ou bien dès lors qu’un rapport parlementaire britannique révèle que ce même Royaume Uni n’a pas mis sous embargo la vente d’armes vers Moscou, contrairement à la promesse faite par David Cameron en mars 2014.

Néanmoins, le plus lamentable dans cette affaire n’est certainement pas les pressions hypocrites de nos « partenaires », mais qui ne sont que l’expression classique du jeu des relations internationales et de la confrontation des intérêts des nations. Ce n’est pas davantage de faire croire à l’opinion publique qu’il y a un lien opérationnel entre la vente des Mistral et la guerre en Ukraine alors que la Russie, en raison de sa position géographique, n’y a nul besoin de bâtiment de projection. Non, le malheur, c’est d’avoir cédé à ces pressions. Pire, d’y avoir cédé unilatéralement.

Or, il n’est pas sûr que ce qui doit être une sanction à l’encontre de la Russie ne voit ses répercussions affecter principalement cette dernière. En plus de fragiliser la signature de la France en matière de livraison d’armes, la suspension, si elle débouchait sur une annulation pure et simple de la livraison des navires Vladivostok et de Sébastopol conduirait au remboursement de la moitié déjà payée des 1.2 milliard d’euros du contrat. Ainsi qu’au versement d’indemnités de centaines de millions d’euros (voire milliards). L’annulation aurait, par ailleurs, un impact sur la capacité de notre gouvernement à tenir la loi de programmation militaire 2014-2019 qui repose sur nos exportations d’armement et représente 40 000 emplois et 5 à 8 % de notre commerce extérieur.

Et nous ne développerons pas ici l’ensemble des mesures de rétorsions dont disposera la Russie, notamment à l’encontre de notre secteur bancaire particulièrement exposé ou encore en décrétant un embargo sur le titane nécessaire à notre secteur aéronautique, alors que 50% des approvisionnements en titane de l’industrie aéronautique française viennent de Russie. Ou encore en bloquant la location d’avions gros porteur Antonov que nos armées utilisent. Est-il besoin de préciser qu’actuellement, 400 filiales d’entreprises françaises sont implantées en Russie, notamment dans le secteur automobile (Renault, PSA, Michelin…), la distribution (Auchan…), le BTP (Bouygues, Vinci …) l’agro-alimentaire (Lactalis, Danone, Pernod-Ricard..), l’électronique (Alcatel-Lucent…), les services (Accor, Amadeus, Club Med…) ?

Plus grave, cette affaire confirme, une nouvelle fois, l’abandon par la France, depuis Valery Giscard d’Estaing, mais surtout depuis Nicolas Sarkozy et François Hollande, de sa politique d’indépendance si chèrement acquise, notamment à l’égard des États-Unis d’Amérique. Une décision courageuse aurait pu être de renoncer de sa propre initiative à la livraison des BPC, tout en faisant pression sur l’Allemagne et le Royaume-Uni pour qu’ils en fassent autant et en annonçant, une nouvelle fois, le retrait de la France du commandement intégré de l’OTAN.

Les dirigeants français préfèrent refuser de saisir la chance historique pour la France de devenir une nation souveraine et respectée dans le monde multipolaire qui se dessine. Position pourtant bien plus aisée à tenir que celle de la troisième voie entre blocs communistes et atlantistes lancée par le Général de Gaulle pendant la guerre froide.

Par conséquent, un changement est nécessaire. Rapidement. Il y a urgence pour la France à recouvrer son indépendance et sa souveraineté. La France doit également améliorer sa situation économique, ce qui passe par un redressement de sa balance commerciale et donc par le développement -et non le renoncement- de ses débouchés. Il ne s’agit évidemment pas de se jeter dans les bras de la Russie. Comme les États-Unis, la Russie défend ses intérêts y compris lorsqu’ils vont à l’encontre des nôtres. Mais force est de constater que le rééquilibrage de nos relations, préalable à une véritable indépendance, passe par la Russie. C’est en ce sens qu’une sortie du commandement intégré de l’OTAN est nécessaire pour définitivement en finir avec l’esprit de la guerre froide. Il est impératif pour la paix en Europe de comprendre le sentiment d’endiguement des Russes par l’OTAN.

 Otan

Face à des syndicats et industriels atterrés, François Hollande choisira-t-il de continuer à afficher son mépris pour les milliers de sans-dents de Saint-Nazaire en transformant la suspension en annulation ? 

Alexandre Mandil

 

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