Challenges: « Les secrets d’Eramet en Nouvelle-Calédonie »

La SLN, filiale centenaire du groupe français, s’est endormie sur son nickel calédonien. L’arrivée sur le Caillou des géants Xstrata et Vale l’oblige à réagir.

Casque de chantier sur la tête, chasuble jaune fluo, Antonin Beurrier désigne du doigt l’immense usine plantée entre montagne et lagon. « Voici la bête: 53.000 tonnes d’acier, huit fois plus que la tour Eiffel! s’exclame le président d’Xstrata Nouvelle-Calédonie. Elle ressemble un peu à Notre-Dame, non? » Du haut de ses 120 mètres, le monstre de métal semble tout droit sorti d’un roman de Maurice G. Dantec. Les dimensions du site défient l’entendement: un convoyeur, serpent de béton de 12 kilomètres, descend à flanc de montagne, sur une sorte de tapis roulant, le minerai gorgé de nickel du massif de Koniambo (au nord-ouest de l’île). Un port destiné à l’exportation et une usine de dessalement d’eau de mer ont été créés dans le lagon. Quant à la centrale à charbon qui alimentera l’usine en électricité dès son démarrage fin 2012, elle affiche 350 mégawatts – les deux tiers de la puissance installée de la Nouvelle-Calédonie. « Koniambo est un gisement de classe mondiale, certainement un des meilleurs du monde, justifie Ian Pearce, patron d’Xstrata Nickel. Nous avons vingt-cinq ans de réserves prouvées et vingt-cinq autres de réserves probables. C’est un fleuron de notre portefeuille. »

Fin du monopole sur l’or vert

Un peu plus de 300 kilomètres au sud, l’usine centenaire Doniambo d’Eramet, monstre de métal rouillé crachotant une fumée grise en plein centre de Nouméa, peine à soutenir la comparaison. La vénérable Société Le Nickel (SLN), filiale locale du groupe français, jouissait depuis cent trente-deux ans d’un confortable monopole sur l' »or vert » calédonien, le Caillou rassemblant à lui seul 20 à 30% des réserves mondiales de nickel. Epoque révolue: deux mastodontes mondiaux de la mine, le groupe anglo-suisse Xstrata au nord et le brésilien Vale au sud, ont débarqué sur ses terres. Et les deux impétrants ont sorti l’artillerie lourde, investissant près de 10 milliards de dollars, l’équivalent de deux réacteurs nucléaires EPR… « L’arrivée de ces deux leaders mondiaux va forcer Eramet à réagir, juge Didier Julienne, ex-dirigeant du numéro un mondial du nickel, le russe Norilsk, aujourd’hui consultant dans le secteur minier. Le groupe va devoir investir massivement sur place, avec le risque de le faire à contretemps, vu le cours assez bas du nickel. »

Eramet n’a pas vraiment le choix: sa compétitivité vacille. Les cinq mines de la SLN affichent des teneurs en nickel de plus en plus faibles, rendant plus complexe la valorisation du minerai. L’usine de Doniambo affiche des coûts de production énormes, du fait notamment d’une centrale au fioul plus que quadragénaire. « La vétusté de l’usine et la diminution progressive de la teneur en nickel des centres miniers place l’usine parmi les producteurs les moins compétitifs, avec un coût de production de 8 dollars la livre », s’alarmait en mars 2011 le sénateur Eric Doligé dans un rapport sur les usines de nickel de l’île. « Les coûts de production du nickel d’Eramet se situent dans le neuvième décile du secteur », affirme même un analyste sous couvert d’anonymat. Traduction: neuf producteurs sur dix affichent des coûts plus bas. « Huit dollars la livre? A ce prix-là, on serait mort », rigole Ian Pearce, patron du concurrent Xstrata Nickel. De bonne source, le coût de production de Koniambo serait trois fois inférieur à ceux de la SLN, soit 2,5 à 3 dollars la livre.

Nouvelle centrale électrique

Plombée par ses coûts, la filiale d’Eramet a-t-elle les reins assez solides pour résister à ces deux géants? « Cette nouvelle concurrence nous oblige à nous bouger, reconnaît Pierre Gugliermina, directeur industriel du groupe. Mais nous investissons 80 millions d’euros par an sur le territoire, on ne part pas de zéro. » La filiale d’Eramet a déjà bouclé cette année un plan de compétitivité lancé en 2009, serrant la vis sur les achats et les effectifs, qui a permis de baisser ses coûts de production de 0,8 dollar par livre de nickel. « Nous n’aurons jamais les coûts d’une usine créée ex nihilo comme Koniambo, mais nous serons bientôt dans la moyenne des coûts du secteur, assure Pierre Gugliermina. Nous visons désormais une baisse constante de ces coûts de 0,1 dollar par an. »

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