Challenges: « L’armateur CMA CGM refait surface »

L’armateur français inaugure un gigantesque navire amiral. Symbole d’une renaissance liée à ses accords avec le Fonds stratégique d’investissement.

Voici le plus grand bateau du monde : 395 mètres de long, 54 mètres de large, 16 mètres de tirant d’eau. Le Marco Polo, superjumbo des mers, a été baptisé le 13 novembre à Hong Kong. Il sera le navire amiral de la flotte de CMA CGM. Incroyable mais vrai, comme aurait dit l’explorateur dont le navire porte le nom… Incroyable, car l’armateur marseillais revient de loin.

Il y a trois ans tout juste, écrasé par le poids d’une dette qu’il ne pouvait plus rembourser, il était en négociation avec son pool bancaire, menacé par la tutelle de Bercy, qui proposait de le démanteler. Vrai, car malgré un premier trimestre en pertes, CMA CGM devrait terminer l’année en eaux sûres : son résultat d’exploitation sera bien meilleur que celui de 2011 – un exploit, même dans une industrie aussi fluctuante que le shipping.

Des négociations « viriles »

Il aura fallu l’arrivée d’un actionnaire privé – le groupe turc Yildirim –, un plan d’économies drastique, un programme très lourd de cession d’actifs et, tout de même, l’amélioration relative des taux de fret, pour rétablir la situation. Preuve de cette nouvelle dynami-que, le Fonds stratégique d’investissement (FSI) annonçait mi-octobre son intention d’entrer au capital de CMA CGM à hauteur de 6 %, avec un apport de 118 millions d’euros.

En échange, le FSI, codétenu par l’Etat et la Caisse des dépôts, a obtenu un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques de l’armateur : achat des navires, cessions d’actifs, acquisitions, endettement, localisation du siège… Le FSI aura aussi un siège au conseil d’administration et un poste de censeur. Enfin, la famille Saadé, actionnaire majoritaire, s’est engagée à remettre 100 millions de dollars de sa poche dans l’entreprise si d’aventure la trésorerie était trop faible. En fait, le FSI a obtenu l’intégralité de ce qu’il réclamait depuis trois ans. Car cela fait trois ans que Rodolphe Saadé, directeur général de CMA CGM, et Thomas Devedjian, directeur au FSI, mènent des négociations qu’ils qualifient tous deux, sans le savoir, du même terme : « viriles »…

La relation avec les banques s’est apaisée

Au début, la communication passait mal, les deux futurs partenaires jouant au chat et à la souris. La famille Saadé avait fourni chiffres et documents avec une telle parcimonie que le FSI avait appris, dans la presse, l’ampleur du désastre financier qui menaçait de couler l’armateur. Quant à Jacques Saadé, président-fondateur de l’armateur, il avait été scandalisé que le FSI lui impose de s’engager à ne pas délocaliser son siège social. Une exigence ridicule, alors qu’il construisait au même moment un siège pour ses 2.100 salariés français, aujourd’hui la plus haute tour de Marseille ! Et une véritable provocation aussi pour celui qui a toujours été fidèle au pays qui l’a accueilli en 1978, après sa fuite du Liban en pleine guerre civile.

Peu à peu, CMA CGM et l’Etat se sont apprivoisés. Un ancien ministre, Dominique Bussereau, et le président de la RATP, le Marseillais Pierre Mongin, sont entrés au conseil d’administration l’été dernier. Avec les banques aussi, les choses se sont apaisées : les commandes en rafales sont de l’histoire ancienne, et il n’y a donc plus de grosses sorties de cash à prévoir. Après le Marco Polo, il n’y aura plus que ses deux sister-ships à réceptionner. Enfin la paix !

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