Challenges: « La vérité sur… le prix de la dissuasion nucléaire »

Le débat a été ouvert le 20 juin. Puis clos début juillet. Le 20 juin dernier donc, l’ex-Premier ministre Michel Rocard lance un Scud retentissant sur le plateau de BFM TV. La dissuasion nucléaire? Il faut renoncer d’urgence à ce fardeau financier, « 16 milliards d’euros par an qui ne servent absolument à rien ». Branle-bas de combat à l’UMP comme au PS, qui éreintent la sortie de Rocard.

En déplacement à Rio, François Hollande joue les pompiers de service: « Renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d’économie budgétaire n’est pas aujourd’hui la position de la France. » Et le 4 juillet, pour clore l’incident, le président de la République embarque pendant trois heures dans le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Terrible, fleuron de la force de frappe française, une première depuis Valéry Giscard d’Estaing. Fermez le ban.

« L’assurance-vie de la France »

« C’est le débat interdit, dénonce le général Bernard Norlain, ancien conseiller militaire de Jacques Chirac à Matignon. La position officielle relève du postulat religieux: la bombe atomique, c’est l’assurance-vie de la France. » Cet ancien général d’aviation cinq étoiles est bien le seul parmi les gradés à monter ouvertement au front. Et, parmi les politiques, seuls les Verts et l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès défendent des thèses similaires. « La remise en cause de la dissuasion menacerait beaucoup d’intérêts chez les industriels, comme Astrium, MBDA ou DCNS, mais aussi dans les armées, poursuit le général Norlain. Le format de la Marine est calibré autour de la mission de dissuasion. »

Pour les opposants à la dissuasion, l’arme nucléaire est à la fois dépassée stratégiquement face aux nouvelles menaces (terrorisme, piraterie…) et ruineuse en période de disette budgétaire. Pour les autres, elle est la garantie ultime de la sécurité nationale, mais aussi un argument diplomatique de poids pour rester au Conseil de sécurité de l’ONU. « La dissuasion nucléaire donne à la France le poids politique nécessaire pour parler comme la France doit parler », résumait fin juin le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

A quel prix? Un rapport de la commission de la Défense du Sénat aboutissait en juillet dernier au chiffre de 3,4 milliards d’euros sur 2012. Ce chiffre « représente 11% du budget de défense annuel et 1,2% du total des dépenses du budget de l’Etat pour 2012 », écrivent les sénateurs. L’effort financier, maintenu en 2013, n’a guère évolué en euros constants depuis dix ans – 20% des crédits d’équipement militaire -, et affiche une baisse sensible depuis vingt ans, après avoir atteint 5 milliards en 1990. La France a en effet largement désinvesti dans les années 1990, arrêtant le programme de missiles sol-sol Hadès, passant de six à quatre SNLE, démantelant même en 1996 les missiles et les installations du plateau d’Albion.

« Presque bon marché »

Pour les soutiens de la dissuasion, les 3,4 milliards annuels, contre les 61 milliards de dollars inscrits au budget de dissuasion américain, n’ont donc rien de choquant. « Les programmes nucléaires sont gérés au cordeau: les missiles M 51, ASMP-A et le dernier SNLE ont été livrés à l’heure et dans les coûts », souligne-t-on à la Direction générale de l’armement (DGA). « 3,4 milliards d’euros, c’est presque bon marché! assurait début juillet l’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées, devant les députés de la commission de la Défense. La Force océanique stratégique est mise en oeuvre par 3.200 marins, effectif équivalent à celui des agents municipaux d’une ville comme Montpellier. »

Pas chère et porteuse d’avenir. Telle est la dissuasion pour ses thuriféraires. Les industriels évoquent les applications civiles des technologies développées pour l’arme atomique: supercalculateurs liés à la simulation de frappes nucléaires, applications médicales du laser Mégajoule, ou lanceurs spatiaux. « Le bureau d’études des Mureaux, qui conçoit Ariane 5, est le même que celui qui développe le M 51 », rappelait fin septembre François Auque, président d’Astrium, maître d’oeuvre du missile balistique M 51 qui porte la charge nucléaire.

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