Challenges: La France s’est dotée de diplomates d’un nouveau genre

Quatre fois par an, Paul Hermelin s’envole pour l’Inde et y reste une semaine. Le PDG de la SSII Capgemini y compte 40.000 salariés, contre seulement 22.000 en France. Il fera, bien sûr, partie de la soixantaine de patrons qui accompagneront le président de la République à Delhi et Bombay les 14 et 15 février. Mais lui aura une mission particulière. En janvier, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a nommé cet ami de jeunesse de François Hollande « représentant spécial pour la relation économique avec l’Inde ». Objectif: développer le business entre les deux pays.

Un lien entre deux mondes

Cette décision ne s’explique pas que par les affinités politiques. « Le choix de Paul Hermelin s’imposait naturellement, commente le président du directoire de Vallourec, Philippe Crouzet. Non seulement il est à la tête d’une entreprise avec une forte présence en Inde, mais il sait très bien faire le lien entre le monde de l’économie et celui de la politique. » Passé par Polytechnique et l’ENA, Paul Hermelin a travaillé, avant Capgemini, avec Jacques Delors au ministère de l’Economie. Il a aussi été directeur de cabinet de Hubert Curien à la Recherche et de Dominique Strauss-Kahn à l’Industrie.

Sa nouvelle fonction (bénévole) fait du PDG une sorte d’ovni du paysage diplomatique français. Une fonction qui, dit le Quai d’Orsay, n’a jamais existé et n’existe pas à l’étranger. Certes, aux Etats-Unis, il n’est pas rare que le numéro un des grandes ambassades ait un profil business. Souvent soutien financier du président, il est épaulé par un numéro deux diplomate. Charles Rivkin, ami de faculté d’Obama, était, jusqu’à sa nomination à Paris, mi-2009, un important homme d’affaires en Californie.

Côté français, Paul Hermelin n’est pas le seul représentant de cette « nouvelle diplomatieéconomique » chère à Laurent Fabius depuis son arrivée au Quai d’Orsay: ils sont cinq autres porte-drapeaux. Dans l’entourage du ministre, on loue une « équipe de rêve composée de fortes personnalités, dont l’entregent doit aider les champions français à pénétrer des marchés difficiles ».Dans la très kafkaïenne Chine, c’est Martine Aubry, ancienne numéro un du PS, qui fait le lien. Elle assure être passionnée par l’empire du Milieu: « Depuis vingt ans, j’y vais deux fois par an dans le cadre de voyages privés. J’y ai beaucoup d’amis. » Autre pays aux structures compliquées, la Russie a un émissaire à la longue expérience et à l’épais carnet d’adresses: Jean-Pierre Chevènement. « Début décembre, il est arrivé avec une énorme chapka, expliquant que dans son département du Doubs, il est habitué aux – 40 degrés », raconte un diplomate à Moscou, qui a noté l’intérêt de l’ex-ministre pour Alstom, groupe de sa circonscription.

En Algérie, le Monsieur Chine de la droite, Jean-Pierre Raffarin, a été prolongé dans les fonctions confiées par Nicolas Sarkozy, qu’il appelle « ma mission de bons offices ». Au Japon, Paris compte sur l’habileté de l’ex-patron de Renault, Louis Schweitzer. Celui qui fut aussi directeur de cabinet de Laurent Fabius à Matignon espère « renforcer des relations qui ont été un peu négligées au cours du quinquennat précédent ». Il sera dans l’Archipel du 17 au 22 février, pour préparer une future visite de François Hollande et, promet-il, « faire en sorte qu’elle ne soit pas protocolaire ». Enfin, dans la foulée de la libération de Florence Cassez, Philippe Faure a été nommé pour le Mexique. Ancien secrétaire général du Quai d’Orsay et ex-ambassadeur au Japon, il a aussi travaillé avec le milliardaire mexicain Carlos Slim.

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