Atlantico: Pourquoi y a-t-il tant d’otages français ?

Selon un centre de recherche américain, la France serait le pays comptant le plus de ressortissants enlevés pour des raisons politiques. Les raisons en sont cependant plus complexes que le simple impact de l’intervention au Mali.

Atlantico : Selon un centre de recherche américain spécialisé dans les questions de sécurité, l’enlèvement de la famille française au Cameroun a fait passer notre pays au premier rang du nombre de ressortissants détenus à l’étranger pour des raisons politiques. Les Français sont-ils vraiment des cibles privilégiées ?

Christophe Caupenne : Si l’on prend l’ensemble des enlèvements d’expatriés, la France n’est pas la première cible et cela pour des raisons numéraires. Malgré de larges communautés de Français dans de très nombreux pays à travers le monde, le nombre de Chinois enlevés – pour des raisons crapuleuses dans leur cas – est bien plus élevé que celui des Français victimes de kidnapping. Ils sont en effet présents dans presque toutes les zones les plus dangereuses du monde. Si maintenant on se réfère aux enlèvements politiques, il est vrai que les Français sont très touchés à cause de l’assimilation entre leur présence et à notre action, nos attaques contre le terrorisme et cela particulièrement en Afrique. Cela dit au milieu de tous ces enlèvements supposément politiques, il se cache à n’en pas douter un certain nombre de cas à visée purement mercantile que l’on cache sous des revendications politiques, idéologiques ou religieuses afin de leur donner du poids.

La protection fournie par le gouvernement et les entreprises est-elle suffisante ?

La protection des Français à l’étranger ne cesse de progresser notamment parce que la responsabilité pénale des entreprises qui emploient les victimes est très souvent mise en cause en cas de défaut d’information ou sécurité. Cela est d’autant plus vrai depuis les évènements de Karachi et d’autres qui sont arrivés depuis, qui ont fait naître une véritable prise de conscience du danger pour les expatriés. Les dirigeants sont aujourd’hui tout à fait conscients de l’importance des questions de sécurité pour leurs ressortissants, leurs missionnaires et leurs expatriés.

Maintenant, si on se demande s’il y a des « trous dans la raquette » en termes de sécurité, la réponse est oui mais elle est directement liée avec l’activité même de l’expatriation. Le 100% sécurité n’a aucun sens pour la simple et bonne raison que lorsqu’on envoie un missionnaire au long cours dans un pays, il s’habitue nécessairement au degré de risque local. Il apprend que certains quartiers sont à éviter ou qu’au-delà de certaines heures il ne fait pas bon sortir. On s’accoutume tellement à ce risque qu’il finit parfois par devenir invisible et c’est souvent là qu’il se cache et que les drames arrivent. L’autre aspect du probème sécuritaire est que l’on ne peut pas enfermer les expatriés pendant des semaines, des mois ou des années. Ils ont besoin d’une soupape de décompression qui prend bien souvent la forme des attraits de ces pays qui, bien que dangereux par ailleurs, sont bien souvent séduisants et remplis de gens tout ce qu’il y a de plus accueillants. Cette tentation est permanente et les failles de sécurité sont inhérentes à l’activité humaine elle-même.

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