Atlantico: « Mali : quelle guerre la France peut-elle se permettre ? »

L’intervention militaire française au Mali coûterait 400 000 euros par jour à l’Etat. Alors que le budget de la Défense a encore été réduit pour l’année 2013, la France a-t-elle les moyens de soutenir cette opération ?

Atlantico : L’intervention de la France au Mali coûterait actuellement, selon estimations, 400 000 euros par jour à l’Etat selon Le Point. Dans l’optique d’une reconquête du Nord du pays, l’envoi de renforts a récemment été annoncé par l’Elysée, l’objectif étant de porter les effectifs français à 2500 hommes sur place à terme. Alors que le budget de la Défense a encore été réduit pour l’année 2013, n’est-il pas légitime de se demander si la France a aujourd’hui les moyens financiers et matériels pour soutenir cette opération ?

Jean-Vincent Brisset : Depuis longtemps, le coût des opérations extérieures est, au moins en partie, pris en charge par un abondement du budget voté par le Parlement. Toutefois, tout aussi traditionnellement, ce supplément budgétaire ne couvre pas le coût réel des opérations, et encore moins l’hypothèque sur le futur que fait peser l’usure accrue des matériels et les consommations de matériels et de potentiels. Le désengagement d’Afghanistan aurait permis de faire des économies, puisqu’il concernait à peu près le même nombre d’hommes que ceux qui seront prochainement engagés au Mali. En fait, ces « économies » ne seront sans doute pas suffisantes pour compenser le coût des opérations en cours, d’autant plus qu’il faut en ce moment payer les retours et les remises en état des matériels rapatriés.

Aujourd’hui, la question n’est pas vraiment de savoir si la France a les moyens de mener l’essentiel d’une opération à laquelle elle ne devait, au départ, qu’apporter un soutien. La vraie question est de savoir si le pouvoir politique va décider que le pays doit payer le prix de cette intervention, ou si ce prix doit être payé par une nouvelle diminution des capacités des forces militaires du pays.

Peut-on dire par ailleurs que l’arsenal français est aujourd’hui suffisamment complémentaire ?

La France dispose, à condition de faire certains choix de priorités, de suffisamment de matériel pour mener ce type d’opérations dans le domaine des hélicoptères, des blindés légers, des avions de combat. Elle dispose aussi de structures de commandement et de communication à peu près adaptées. Les principales lacunes résident dans le manque de moyens de reconnaissance et, surtout, de projection. Sur un théâtre aussi vaste et complexe que le Nord du Mali, le problème est bien davantage de trouver et de traquer les cibles que de les attaquer. Pour ce faire, le moyen le plus adapté est le drone, capable de survoler très longtemps une zone. Cela nécessite, au-delà des drones eux-mêmes, domaine dans lequel la France a un certain retard sur les Etats-Unis, des structures d’analyse de l’information et de transmission des données que nous ne possédons pas encore. Mais la plus criante des lacunes est l’absence de moyens de projection suffisants. La défense française n’a actuellement aucun moyen de transport stratégique en propre et est obligée de compter sur ses alliés ou sur des locations pour remplir cette fonction. Encore faut-il que ces moyens soient disponibles et que leurs propriétaires acceptent de les mettre à disposition. Pour le transport tactique, les capacités des C 130 et des Transall sont insuffisantes. Ces derniers sont de plus à bout de souffle. Cette situation qui va encore s’aggraver. L’A 400M a pris beaucoup de retard, et même son arrivée ne résoudra pas complétement le problème étant donné le nombre d’avions commandés.

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