Agence de notation: Moody’s retire à son tour le triple A de la note souveraine française

Et de deux! Moody’s, la seconde des trois principales agences de notation mondiale vient de faire basculer la note de la dette souveraine française de Aaa à Aa1. Au début de l’année 2012, cela avait déjà été le cas de la part de Standard & Poors, et désormais, seul Fitch (détenue en grande partie par le français Fimalac) maintient la meilleure note possible à la France.

Si les agences de notation, et la baisse des notes souveraines occidentales sont décriées, la notation souveraine est très importante pour le fonctionnement du système financier actuel. Elle facilite la prise de décision des investisseurs quant au financement de la dette des états et elle permet à de « petites » structures d’investissements de bénéficier d’un outil fiable pour placer leurs investissements. De cette manière, elle fluidifie considérablement mouvements d’investissements et permet de « sécuriser » la dette des états par rapport à un risque de défaut qui serait immédiat sans les liquidités apportées par les investisseurs.

Les agences de notation, acteurs historiques de la notation souveraine permettent, depuis plus d’un siècle aux investisseurs de disposer d’un « catalogue » d’investissements, classés, comme à l’école, de « A » pour les investissements sans risques à « D » pour les investissements en défaut. Le taux de fiabilité des agences est très élevé puisque sur la période 1986-2006, 99% des crédits ayant fait défaut étaient notés B ou moins c’est-à-dire « not investment-grade ».

Le marché des agences de notation est dominé par trois agences anglo-saxonnes qui trustent 94% de parts de marché. Standard & Poors (40%), Moody’s (40%) et Fitch Ratings (14%). Cette structure du marché s’est construite au fil des années en raison du rachat massif et systématique de tous les nouveaux entrants par les trois agences les plus anciennes. Elles sont reconnues et soutenues par les principaux acteurs du monde entier de par leur ancienneté, leur crédibilité et leur omniprésence sur le marché de la notation de crédit.

Les trois agences de notation s’appuient sur un processus de notation identique et une méthodologie qui ne diffère que par le choix de certains critères spécifiques et la pondération de ceux-ci dans la note finale. Ces notations sont devenues incontournables puisque la loi Bâle II notamment, a rendu la note obligatoire pour toute émission de dette. Les agences étant rémunérées à 95% par les émetteurs de dette pour l’attribution des notes, le modèle économique est prospère pour les agences qui ont des taux de marges entre 40% et 60%.

De nombreuses voix s’élèvent contre les agences que le grand public, de très nombreux responsables politiques et économistes tiennent pour responsable de la situation économique actuelle. On leur reproche notamment de ne pas avoir anticipé la crise des Subprimes et d’avoir permis aux pays développés de s’endetter jusqu’à la situation explosive d’aujourd’hui. Les agences sont alors remises en cause sur la qualité de leur notation, leur méthodologie, leur choix de critères et leur pondération, leur rigueur, la qualité et la quantité de leurs analystes, leur modèle économique, leurs conflits d’intérêts, le manque d’indépendance et enfin leur situation oligopolistique.

Des solutions sont envisagées comme l’augmentation de la régulation, la mise en concurrence, la création d’une agence européenne et/ou mondiale, et enfin de responsabiliser légalement les agences de leurs « opinions ». Cependant, aucune de ces solutions ne permet de résoudre l’ensemble des dysfonctionnements pointés du doigt par les observateurs.

Il est clair que les notations souveraines des agences ont pris une importance dangereuse aujourd’hui, puisqu’on leur prête des rôles et une responsabilité qui dépassent largement leur valeur initiale. Il est important de s’émanciper des notes et de leur rendre le niveau d’importance pour lequel elles ont été créées. Cette prise de recul par rapport aux notations n’est pas simple tant les esprits font l’amalgame entre le risque souverain, le risque pays, le risque de crédit, le risque de marché ou encore le risque systémique.

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